Article paru dans Politique Européenne, n° 6, 202, pp. 53-76. Le phénomène eurosceptique au sein du Parti conservateur britannique 1 Agnès Alexandre-Collier Au lendemain de la ratification du traité de Maastricht, l'euroscepticisme au sein du Parti conservateur se définit non seulement comme un discours à l'égard de l'intégration européenne mais également comme un comportement parlementaire distinct. En tant que discours, l'euroscepticisme, fondé sur les valeurs thatchériennes du libéralisme économique et de l'indépendance nationale, s'articule autour de la défense du nationalisme, de la démocratie et du libéralisme. Du point de vue du comportement parlementaire, les "rebelles" eurosceptiques s'appuient sur toutes les ressources et stratégies disponibles, pour se mobiliser dans un vaste mouvement, dont la puissance aboutira à la défaite du parti aux élections de mai 1997 et juin 2001 et à la victoire, dans l'opposition, des attitudes eurosceptiques incarnées par le nouveau dirigeant, Iain Duncan Smith. Le traité d'Union Européenne signé en février 1992 a donné naissance, au sein du Parti conservateur britannique, à un courant d'opposition aux principes d'union politique et monétaire et à la politique européenne du gouvernement de John Major, élu en avril de la même année. Au sein de la Chambre des Communes, ce mouvement fut initié par un groupe de députés qui ont voté contre la ratification du traité malgré les consignes de leur propre parti. Ces députés furent également appelés eurosceptiques. Notre étude a pour objectif de définir le phénomène eurosceptique au sein de ce parti, non seulement comme un discours mais également et surtout comme un comportement parlementaire. La spécificité de cette attitude, fondée sur un mélange de nationalisme et de fondamentalisme idéologique, réside dans sa capacité à mettre en péril la cohésion partisane et la performance électorale du Parti conservateur, dans un contexte politique déstabilisant du fait de la nature de l'organisation partisane, de la procédure parlementaire de ratification du Traité de Maastricht, et des circonstances défavorables, en particulier la courte majorité dont disposait le parti à la Chambre des Communes. Il s'agira donc de montrer à la fois l'origine de ce phénomène eurosceptique et ses répercussions sur l'organisation partisane, ou comment le comportement eurosceptique, simple tendance intra-partisane devenue véritable faction, a favorisé l'émergence d'un clivage beaucoup plus puissant que les autres en raison de sa propre dynamique de mobilisation à l'échelle nationale, fondée sur une multitude de ressources et de stratégies. Par conséquent, l'importance du phénomène eurosceptique au sein du Parti 1 Cet article est tiré de la thèse de doctorat de l'auteur (2001). 1