ECO- / Notes sur la notion de décence / Tiphaine Kazi-Tani / Mai 2014 ECO- Notes sur la notion de décence Tiphaine Kazi-Tani CoDesign Lab, Telecom ParisTech (dérivé de la présentation faite à la journée d’étude en design « ECO- », Université de Strasbourg, 1er avril 2014) Avant toute chose, il convient de poser que c’est relativement par hasard que j’ai été amenée à m’interroger sur la notion de décence. Au cours d’un travail qui interrogeait alors, entre autres, le paysage, j’ai découvert que les mots « décor » et « décence » possédaient la même origine étymologique. Si, comme le souligne Alain Rey « décent » et ses dérivatifs se sont progressivement spécialisés dans l’évaluation de la vertu ou de la pudeur des manières humaines, il n’empêche que valeur morale et ordonnancement de l’ornementation sont, à l’origine, intimement liés. Débutant une histoire sémantique et symbolique dans laquelle se confondent conduite et forme, il m’est apparue que cette notion de décence devait être si ce n’est explorée, au moins mise à plat : n’y aurait-il pas là, considérant le design qui fait advenir des artefacts au milieu de nous, capables de prendre forme comme de faire circuler des discours, quelque chose qui pourrait nous intéresser, et pourquoi pas plus loin que dans notre communauté d’amateurs, de praticiens, de chercheurs, précisément parce que cette notion articule une dimension morale et une dimension formelle ? Ce travail, principalement constitué d’une archéologie de la notion de décence, me permettra également, je le souhaite, de mettre en lumière la manière dont celle-ci, en apparaissant au XIVe siècle dans la langue française, fera partie, avec la prudence par exemple, des outils moraux et philosophiques à partir desquels les savants auront à coeur d’interroger les valeurs foncières du pouvoir temporel en vue notamment de l’éduquer, de le préparer à son vertueux exercice. Car la décence, et telle est mon hypothèse, est affaire du pouvoir tel qu’il doit agréer à fournir à ceux qu’il administre des manifestations de lui-même convenables et convenantes. 1 L’enjeu d’une telle herméneutique de cette notion est bien d’interroger la pertinence de la déplier sur d’autres types de puissances qui exercent aujourd’hui une capacité de gouverner. 1 Sur la notion de fourniture, voir Pierre-Damien Huyghe & Fabien Vallos, « À propos du concept de 1 chrématistique », in Chrématistique [en ligne], 2013-2014, http://www.chrematistique.fr/huyghe-vallos/, réf. du 12/05/14.