1 RTD Civ. RTD Civ. 2014 p. 740 Véronique CHAMPEIL-DESPLATS, Méthodologies du droit et des sciences du droit Dalloz, Méthodes du droit, 2014, 432 p Nader Hakim, Professeur à l'Université de Bordeaux Dans ce livre dense et volumineux, Véronique Champeil-Desplats nous livre une vraie somme qui doit assurément retenir l'attention. Pour son sujet et par la dimension historique de l'analyse que nous offre notre collègue, cet ouvrage trouve naturellement sa place dans cette rubrique. Il n'en demeure toutefois pas moins qu'il ne s'agit ici que de présenter le point de vue d'un historien du droit et donc, sans doute, une lecture partielle d'un ouvrage irréductible à sa seule dimension historique. Quoi qu'il en soit, remarquons dès l'abord l'ampleur du travail réalisé sur un thème trop souvent délaissé par les juristes. Plaçant d'emblée l'analyse sous le signe de la modération et d'un pluriel plus que bienvenu, l'auteur commence d'ailleurs par exposer ses propres choix méthodologiques dès l'introduction : ceux d'une bonne méthode analytique et notamment la rupture épistémologique entre le discours et l'objet, l'importance de la neutralité axiologique, un droit défini comme « ensemble d'énoncés spécifiques qui expriment des normes », la volonté constante de reconstruire les « récits » des « programmes méthodologiques avancés par les juristes pour établir qu'ils font de la science » et « des méthodes que donnent à voir les autorités normatives pour justifier leurs décisions », la distinction des points de vue internes et externes, et une définition de la méthode comme chemin, ensemble des moyens pour atteindre une fin, attitude concrète face à l'objet et, surtout, « schémas d'explication, des modes de mise en récit et de mise en lien de ce que l'on étudie et cherche à faire comprendre ». Ces choix lui permettent d'exposer avec une clarté remarquable non seulement l'état actuel des questions épistémologiques mais également leur formation historique, c'est- à-dire finalement le mouvement des idées des juristes en la matière d'hier à aujourd'hui. On ne saurait d'ailleurs trop insister sur cette immersion historique de la démarche que l'on retrouve essentiellement dans la première partie, à dominante diachronique puisque consacrée à l'approche historico-épistémologique des méthodologies juridiques, mais également dans la seconde partie un peu plus courte de l'ouvrage intitulée : « Méthodes d'analyse et de production des discours juridiques. Approche analytique ». L'une comme l'autre de ces parties révèlent un travail extrêmement méticuleux de compréhension et de restitution de la complexité des questions abordées. S'intéressant d'abord à la fabrique des méthodologies, l'auteur construit ses développements sur la dichotomie entre formalisme (les « soubassements formalistes » pour être plus précis) et dépassement du formalisme. Ce choix permet ainsi de comprendre la tension intrinsèque de méthodologies rarement pures et strictes comme de rendre compte de leurs évolutions chronologiques. Aussi le formalisme est-il présenté comme largement dominant jusqu'à la fin du XIX e siècle, même s'il se perpétue jusqu'à aujourd'hui, alors que la seconde voie se développe à la charnière des XIX e et XX e siècles, avec l'influence ou « l'attrait » des sciences humaines et sociales. C'est ainsi la césure devenue classique des années 1880 qui est ici retenue puisque cette période charnière voit devenir centrale la question des choix méthodologiques pour des juristes qui souhaitent « établir qu'ils font de la science ». Pour l'auteur, avant cette date, « dans la mesure où pendant des siècles les juristes étaient des savants formés à l'ensemble des savoirs de leur époque, il n'est pas invraisemblable de présumer une tendance à l'unité ou à la convergence des méthodes de la connaissance ». En effet, « pendant longtemps, les savoirs juridiques se sont surtout développés en suivant des modèles méthodologiques que l'on qualifiera de formalistes, au sens où ils tendent à réduire la complexité des données juridiques à des formules, des raisonnements, des catégories simplifiées ». Si l'on suit sans la moindre difficulté l'auteur sur ce point qui lui permet de