SIMMEL AU-DELA ET EN DEÇA DE MARX : MEDIATIONS SYMBOLIQUES ET THEORIE DE LA VALEUR Bruno Théret (Chapitre 8 de A PROPOS DE “PHILOSOPHIE DE L’ARGENT DE GEORG SIMMEL, J.-Y. Grenier, A. Guéry et alii, Paris, L’Harmattan , 1993) Contrairement à certains autres chapitres de cet ouvrage(1), on ne se propose pas ici d'examiner la cohérence économique de l'oeuvre simmélienne. Notre ambition est plus modeste et nous cherchons, pour l'essentiel, à "utiliser" Simmel à des fins que peut-être celui-ci aurait réprouvé ou dans lesquelles il ne se serait pas reconnu. Notre propos est, en effet, de considérer l'étude de Philosophie de l'argent comme un moyen dans une "série téléologique" personnelle dont la finalité est de penser, selon une approche "en extension", le rapport entre économie et politique et ce que cela implique quant à l'analyse de ces deux champs. En cela, nous recherchons une cohérence non pas tant dans Simmel qu'avec lui ou, plus exactement, avec son épistémologie(2). Cela dit, dès lors que les énoncés simmelliens sont insérés dans notre "série", le problème de leur cohérence se repose, et on est conduit in fine à revenir dessus. Simmel réduit à l'état de moyen, voilà qui n'étonnera pas de la part d'un économiste. Pourtant, Simmel n'est pas un moyen "économique" aux yeux de l'économiste dont les fins sont moins de comprendre et expliquer le réel que de fournir des modèles d'action et de prédiction politique. C'est au contraire un détour de production couteux; son rendement apparaitra à l'économiste orthodoxe d'autant plus hasardeux qu'il se sera facilement perdu dans les méandres d'une philosophie se déployant dans un espace littéraire monotone où les repères sont peu nombreux, terre étrangère pour le lecteur acquis aux rigueurs réductrices de l'économie mathématique et/ou quantitative. Bref, seul l'économiste non utilitariste en théorie et en pratique nous paraît susceptible d'investir dans l'oeuvre simmellienne en en tirant profit(3). Détour couteux donc mais sans doute fondamental pour celui qui ne saurait se contenter des simplifications de l'économie politique orthodoxe contemporaine. A ce prix, on peut voir alors en Simmel un fondateur des positions de nombre d'économistes hétérodoxes dont il convient de rappeller les trois plus importants aspects à nos yeux.