ENTREPRISES ET HISTOIRE, 2014, N° 74, pages 71 à 87 71 © Éditions ESKA, 2014 LES TERRITOIRES MOUVANTS DE LA PRODUCTION DE MONTRES JAPONAISES : LE GROUPE SEIKO AU COURS DU XX e SIÈCLE par Pierre-Yves DONZÉ Professeur associé d’histoire économique Université de Kyoto Le groupe Seiko, la plus grande entreprise horlogère japonaise, a connu au cours du XX e siècle trois grands modes d’organisation territoriale de son système de production. La fabrication de montres a été successivement réalisée au sein du cluster urbain de la petite mécanique, à Tokyo (1895-1940), du district industriel de Nagano (1940-1985) et d’un système transnational de production en Asie de l’Est et du Sud-est (depuis 1985). Cet article présente les caractéris- tiques de ces divers types organisationnels, ainsi que les facteurs qui ont rendu nécessaire le passage à de nouvelles formes d’organisation industrielle. INTRODUCTION La localisation des firmes dans des territoires particuliers a donné lieu à une vaste littérature. De nombreux travaux se situant dans la continuité de Marshall 1 et de Beccatini 2 mettent l’accent sur les exter- nalités dont bénéicient les entreprises au sein d’agglomérations tels que les districts industriels. La proximité géographique de firmes actives dans un même secteur industriel leur permet notamment de béné- icier d’une main-d’œuvre quali iée et de savoir-faire communs 3 . D’autres travaux, ENTREPRISES ET TERRITOIRES 1 A. Marshall, Principes d’économie politique, rééd., Paris-Londres, Gordon and Breach, 1971. 2 G. Beccatini, “Dal settore industriale al distretto industriale: alcune considerazioni sull’unita’ di indagine dell’economica industriale”, Rivista di economia e politica industriale, vol. 1, n° 5, 1979, p. 7-21. 3 Voir la synthèse de J.-C. Daumas, « Dans la «boîte noire» des districts industriels », in J.-C. Daumas, P. La- mard et alii (dir.), Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000). Entreprises, régulations et trajectoires, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007, p. 9-34.