16 XENOPHORA 147 Moif coloré résiduel préservé sur des coquilles du genre Bullia Gray in Griith & Pidgeon, 1833 (Mollusca : Gastropoda) de l’Éocène moyen du bassin de Paris et des Etats-Unis Jean-Michel Pacaud & Lilian Cazes Muséum Naional d’Histoire Naturelle, CNRS, UPMC 57 rue Cuvier, CP 38 – 75005 Paris (France) Abstract : Several specimens from the Bartonian (Middle Eocene) gastropod Bullia patula (Deshayes, 1835) of the Paris Basin and Bullia alilis subglobosa (Conrad, 1832) of United States with preserved colour patern are detailed. The residual colour paterns can be visualised in UV light. Introducion : Le genre Bullia Gray in Griith & Pidgeon, 1833 (Espèce type : Bullia semiplicata Gray, 1833 par monotypie) apparient à la famille Nassariidae et vit actuellement dans les eaux peu profondes, tempérées et subtropicales limitées à l’Atlantique sud et à l’Océan indien. Il montre un registre fossile signii- caif et complexe qui présente une diversité morphologique plus grande et une distribuion géographique plus large au Cénozoïque que celles observées aujourd’hui. Le genre Bullia est aujourd’hui une composante importante de la faune de mollusques des rivages sablonneux sud-africains et a eu pro- bablement un développement relaivement récent. Bullia ne semble avoir ateint l’Afrique qu’au Miocène terminal ou au Pliocène inférieur et la quarantaine d’espèces connues sont d’âge pliocène ou plus jeune (Allmon, 1990). Le genre Bullia a longtemps été négligé dans la systémaique. Les noms Bullia Gray, 1834, Dorsanum Gray, 1847, Buccinanops d’Orbigny, 1841, Ancillopsis Conrad, 1865 et Brachysphingus Gabb, 1869 (et plusieurs autres) ont été librement appliqués à un grand nombre d’espèces vivantes et fossiles, sur la seule base de la forme globale de coquilles parfois très diférentes mais plus rarement en faisant atenion aux détails morpho- logiques ou aux relaions phylogénéiques possibles. L’espèce Bullia patula (Deshayes, 1835) des sables auversiens (Barto- nien, Éocène moyen) du bassin de Paris est le seul Bulliinae connu au Paléogène français ; l’espèce existe également au Bartonien en Angleterre où elle avait été assignée par erreur au genre Pseudoliva et décrite comme Pseudoliva ovalis Sowerby, J. de C. in Dixon, 1850. Palmer (1937 : 289) note que Bullia patula présente une ressemblance remarquable avec B. alilis (Conrad, 1832) et avec d’autres formes semblables de l’Éocène de la Gulf Coast. B. patula est en efet très similaire à certains de ces exemplaires de l’Éocène américain par son galbe comprimé dorso-ventralement, par sa spire peite, par son dernier tour gonlé, sans ornementaion, par sa grande ouverture, par son callus pariétal étendu, par l’absence de pli columellaire terminal et montre des relaions inimes avec le complexe B. alilis [Ancillaria alile Conrad, 1832, Ancillaria subglobosa Conrad, 1832, Pseudoliva ellipica Whifield, 1865, Ancillopsis tuomeyi Aldrich, 1921, Bullia calluspira Dockery, 1980] du Paléocène et de l’Éocène des Etats-Unis. Bullia alilis subglobosa notamment est extrêmement proche de notre coquille mais outre des diférences dans les caractères de la coquille, le moif de couleur résiduel est diférent comme nous le verrons ci-après. Dockery (1980) a décrit Bullia calluspira de la Bashi Formaion (Yprésien, Éocène inférieur) du Mississippi qui est étroitement lié à ce complexe. B. calluspira, avec son callus très étendu, ressemble beaucoup à certains exemplaires de B. alilis subglobosa (Conrad, 1832). Cependant, il ne semble pas y avoir d’intergradaion entre ces formes (Allmon, 1990 : 57), yprésienne (B. calluspira) pour l’une et bartonienne pour l’autre (B. alilis subglobosa) ; B. calluspira représente un taxon disinct. Plusieurs exemplaires des espèces Bullia patula récoltés dans les sables de l’Auversien (Bartonien, Éocène moyen) du bassin de Paris et Bullia alilis subglobosa provenant du Claibornien (Bartonien, Éocène moyen) de Claiborne (Alabama, États-Unis) montrent un moif de couleur résiduel préservé. Totalement invisible en lumière naturelle, ce moif peut être visualisé après un bain dans une soluion d’hypochlorite de sodium et une exposiion sous éclairage UV. Peu d’aricles traitent de ce sujet et il faut atendre les années 2000 pour voir paraître de nouveaux travaux uilisant l’observaion des moifs colorés résiduels de coquilles fossiles sous éclairage UV (Pacaud, 2003 , 2007 ; Merle, 2003 ; Cluzaud & Cahuzac, 2006a-b ; Pacaud & Ledon, 2010 ; Caze et al., 2010 ; 2011a-b ; 2012 ; Pacaud & Caze, 2011 ; Pacaud & Pons, 2013 ; Schneider et al., 2013). Le moif résiduel de nos coquilles, proche (Fig. 2) de celui que l’on peut observer chez l’espèce actuelle Bullia laevissima (Gmelin, 1791), mais bien plus accentué, est décrit et illustré. Abréviaions: MNHN.F Muséum Naional d’Histoire Naturelle, collecion de Paléontologie, Paris, France. UCBL Université Claude Bernard, Lyon, France. ANSP Academy of Natural Sciences of Philadelphia, Penn- sylvanie, États-Unis. UNSM Naional Museum of Natural History, Washington, DC, États-Unis. Systémaique: Family Nassariidae Iredale, 1916 Sous-Famille Bulliinae Allmon, 1990 Genre Bullia Gray in Griith & Pidgeon, 1833 Espèce type : Bullia semiplicata Gray, 1833 par monotypie Synonymie Ancillopsis Conrad, 1865 (Espèce type : Ancillaria alilis Conrad, 1832 par désignaion subséquente de Cossmann, 1899). Expleritoma Aldrich, 1886 (Espèce type : Expleritoma prima Aldrich, 1886 par monotypie). Remarque: Gardner (1945) écrit que le genre éocène Ancillopsis Conrad, 1865 (Espèce type : Ancillaria alilis Conrad, 1832 par désigna- ion subséquente de Cossmann, 1899) est étroitement lié au genre Pseudoliva (Espèce type : Buccinum plumbeum Chemnitz