1 L’APPRENTISSAGE DES COORDINATIONS MOTRICES COMPLEXES : UNE COOPERATION ENTRE COORDINATION SPONTANEE ET COORDINATION EXPERTE Didier Delignières et Caroline Teulier EA 2991, Université Montpellier I Résumé Nous présentons dans ce texte les principaux résultats d’un programme de recherche mené depuis une dizaine d’années sur l’acquisition des habiletés complexes. Nos résultats montrent pour l’essentiel que les débutants tendent généralement à adopter dans une tâche nouvelle des comportements assez similaires, qui peuvent être interprétés sur la base des principes généraux de synchronisation mis en évidence par la théorie des systèmes dynamiques. En fonction de la nature de la tâche, cette « canalisation » initiale du comportement peut cependant être plus ou moins prégnante. L’adoption du comportement expert est réalisée au terme d’une phase de transition au cours de laquelle comportement initial et comportement expert sont exploités en alternance. Ces résultats suggèrent une vision nouvelle du processus d’apprentissage, supposant une sorte de « coopération » entre le pattern spontanément utilisé par les débutants et le pattern expert. __________________________________________ Les coordinations motrices complexes Les travaux que nous allons présenter portent sur l’acquisition des coordinations motrices complexes. Cela signifie tout d’abord que les tâches auxquelles nous nous sommes intéressés posaient avant tout aux participants des problèmes de coordination entre les multiples degrés de liberté du système. Dans ce sens, nous nous situons à l’opposé des nombreux travaux sur l’apprentissage qui ont antérieurement porté sur des tâches unisegmentaires, par exemple sur des tâches de positionnement linéaire, sur la base de la seule variable dépendante de l’écart à la cible. Par ailleurs, si nous nous situons dans le courant de recherche initié par Zanone et Kelso (1992) sur l’apprentissage des coordinations plurisegmentaires, nous nous sommes principalement intéressés à l’acquisition de coordinations motrices globales (gross motor skills), proches de la motricité sportive. Il s’agissait pour nous de voir si les principes dégagés par ces auteurs dans le cadre des coordinations bi-manuelles pouvaient éclairer la question de l’acquisition de coordinations plus complexes, mobilisant l’ensemble du corps. Wulf et Shea (2002) ont montré que cette question du passage des habiletés simples aux habiletés complexes était loin d’être triviale. Nous avons donc été amenés à réaliser un certain nombre de travaux, sur un ensemble de tâches de laboratoire, dont certaines comme le simulateur de ski ont été abondamment exploitées par d’autres équipes de recherche, et certaines, plus inédites, ont été construites dans le but de tester certaines hypothèses spécifiques.