MYTHANALYSES POSTMODERNES DE LA SANTÉ MENTALE - Les Cahiers de m@gm@ ISSN 1721-9809 ISBN 978-88-548-7352-0 DOI 10.4399/978885487352015 pp. 227-246 (luglio 2014) Mythanalyses postmodernes de la santé mentale Le mythe du joueur : propos sur la maladie et la souffrance Johanna Järvinen-Tassopoulos, Sociologue Institut National pour la Santé et les Affaires Sociales (THL), Helsinki. ——————————————————————————— ——— Introduction : la création du joueur mythique Depuis des siècles, les jeux de hasard n’ont cessé d’étonner, intéresser ou choquer les individus et les communautés des sociétés occidentales. Les jeux divers ont été marqués par la passion et la gloire, mais le jeu a aussi engendré de la folie, des idées obsessionnelles et de la souffrance. Le roman de Fédor Dostoïevski, « Le Joueur » (publié en 1865), est sans doute le récit classique le plus célèbre dans le monde illustrant la folie des hommes et des femmes à la table de roulette. L’écrivain, ayant lui-même souffert des dettes de jeu, est appelé par Sigmund Freud (1928) névrosé, moraliste et pécheur dans « Dostoïevski et le parricide ». Ainsi, le joueur est devenu un des personnages mythiques des romans classiques, mais aussi notoire grâce à la personne tragique de l’écrivain russe. Le concept du « joueur dostoïevskien » a été popularisé par les sciences psychanalytiques, psychologiques et sociales en France et en Angleterre. D’après Georges Gurvitch (1967, 1172), ce type de joueur est « un impatient, incapable d’assumer les servitudes quotidiennes et de gagner sa vie, comme on dit, au jour le jouer ». D’autre part, il s’agit d’un joueur passionnel et compulsif qui s’est transformé de coupable en victime avec le temps (Valleur et Bucher 2006, 9). L’appellation freudienne de la personnalité de Dostoïevski fait allusion à la complexité de la conceptualisation du jeu avant et surtout pendant l’ère moderne. La mythification du joueur est né du besoin des individus de la création d’un mythe qui « appartient par définition au collectif, soutient et inspire l’existence et l’action d’une communauté, d’un peuple, d’un corps de métier ou d’une société secrète » (Callois 2002, 154).