[RA 105-2011] 193 Revue d'Assyriologie, volume CV (2011), p. 193-198 LES MÂDIDUM ET LE COMMERCE DU GRAIN SUR L’EUPHRATE * PAR Grégory CHAMBON Le terme mâdidum de A.2052+A.3875, que l’on peut comprendre comme « mesureur », apparaît dans une autre lettre de Mari, A.2133 (= LAPO 16 345), sous la forme ṣâbum mâdidum 1 . On a alors proposé de reconnaître dans ces hommes chargés de mesurer le grain (cf. l’expression še’am madâdum) ce que les textes désignent habituellement par ebbum, véritables prud’hommes et spécialistes des questions techniques et métriques en relation aux différentes manipulations du grain (conditionnement pour le transport, transvasement d’un récipient à un autre, etc.) 2 . Outre cette particularité terminologique, les deux documents A.2052+A.3875 et A.2133 partagent d’autres caractéristiques. Du point de vue de la langue, ils ont en commun des formes dialectales identiques 3 . Pour le contexte historique, les deux lettres renvoient à la même situation politique, au début du règne de Zimrî-Lîm ; il s’agit de l’alliance entre Mari et Ešnunna 4 . L’expéditeur de la lettre A.2133, dont le nom n’a malheureusement pas été conservé (il manque les trois lignes de l’en- tête), fait en effet part à Zimrî-Lîm des inquiétudes du roi Aplahanda au sujet des tractations entre Mari et Ešnunna. Il l’informe ensuite de l’avancement d’une opération montée par Mari pour se procurer du grain auprès du roi de Carkémish : « Ṣidqum-Lanasi m’a dit ceci en présence d’Aplahanda : “À part le grain des réserves, il y a 400 a-gàr de grain que HaZInum 5 a reçus.” Ç’a été difficile pour les 100 hommes qui ont manœuvré les bateaux de leur faire descendre le courant. » 6 L’auteur de A.2133 est donc un personnage important, qui s’est vu confier par Zimrî-Lîm une mission diplomatique auprès du roi d’Alep Yarim-Lîm, et qui a été mêlé à une opération commerciale en début de règne. Dès lors, je propose de l’identifier à Yatâr-Kabkab, qui a rempli une telle mission d’après les lettres A.2052+A.3875 et A.2988+A.3008 7 . Le dossier de cette opération peut alors être reconstruit de * Je remercie J.-M. Durand pour m’avoir demandé cette étude, qui complète son édition de A.2052+A.3875. 1. Cette lettre a été pour la première fois éditée par B. Lafont dans « Un homme d'affaire à Karkémiš », dans D. Charpin & F. Joannès (éds), Marchands, diplomates et empereurs (Mélanges offerts à P. Garelli), Paris, 1991, p. 284-286 avec commentaires p. 276-278. À propos des mâdidum, voir ci-dessus, J.-M. Durand, p. 191 n. 40. 2. Voir les remarques de B. Lafont dans « La correspondance de Ṣidqum-Lanasi », ARM XXVI/2, 1988, p. 517-518 et « Un homme d'affaire à Karkémiš », p. 278. Voir également J.-M. Durand, LAPO 16, p. 538 note e). La dernière étude en date sur les ebbum est celle de C. Michel, « La culture matérielle à Mari, III. Ebbum et ebbûtum », MARI 6, 1990, p. 181-218. 3. La forme de parfait du verbe salâmum est en effet rendue par issalim (l.8’) ou issilim (l.11’) dans A.2133 (voir la note c) de J.-M. Durand dans LAPO 16 p. 538). 4. Je remercie Dominique Charpin qui m’a signalé ce rapprochement entre les situations historiques décrites dans les deux documents. À propos des discussions sur cette alliance, voir D. Charpin, « Un traité entre Zimrî-Lîm de Mari et Ibâl-pî-El d’Ešnunna », in D. Charpin & F. Joannès (éds), Marchands, diplomates et empereurs (Mélanges offert à P. Garelli), Paris, 1991, p. 139-166 et D. Charpin & N. Ziegler, Mari et le Proche-Orient à l'époque amorrite : Essai d'histoire politique, FM V, 2003, p. 181. 5. Ecrit ha-ZI-num. 6. Traduction d’après J.-M. Durand dans LAPO 16 p. 537-538. 7. Editée par D. Charpin, « Un traité entre Zimrî-Lîm de Mari …», p. 161-162.