403 C ette étude constitue un essai de confronta- tion des données relatives à la production des céréales en milieu indigène à partir de l’ana- lyse des capacités de stockage (Garcia 1987, 1997) aux recherches récentes menées sur l’estimation de la démo- graphie des populations protohistoriques du Sud-Est de la France (Isoardi 2008). Cette approche se décline en trois étapes, plus une rélexion complémentaire en cours. En effet, pour abor- der cette problématique à deux niveaux (destination des produits céréaliers indigènes puis analyse des rapports Grecs-indigènes avec cette nouvelle donne), nous allons dans un premier temps nous attacher à appréhender cette production indigène, tenter d’en apprécier l’ampleur au cours du temps via une mesure des quantités stockées. Ensuite, ain d’appréhender l’usage de ces volumes stockés, nous nous attacherons à l’appréciation démo- graphique des populations protohistoriques provençales. Une fois ces étapes franchies, nous confronterons leurs enseignements réciproques, puis mettrons en relation les hypothèses qui en découlent avec le commerce médi- terranéen en Méditerranée nord-occidentale ; et plus précisément avec la situation de Massalia. Nous voulons aborder la question par un angle nouveau en confrontant l’intensité de la production céréalière, à l’importance de la population. Et non seulement la population indigène mais aussi celle de la colonie grecque de Massalia ; aspect plus délicat certes, mais susceptible d’éclairer autrement les rapports Grecs - indigènes. 1. L’évolution des capacités de stockage des céréales du VI e s. au I er s. av. J.-C. Derrière l’évaluation de la quantité stockée, ce sont les variations quantitatives de la production céréalière qui sont visées. C’est pour le Languedoc oriental que les données sur la quantité de céréales stockées sont les plus riches, à tel point qu’il est possible, comme nous le ver- rons, d’obtenir une courbe de la quantité stockée dans les pithoi. Pour la Provence, nous ne disposons que de don- nées ponctuelles, au travers de sites orientés davantage vers le stockage (Coudouneù, Le Mont-Garou…), ou à partir des variations du nombre de pièces de stockage, obtenues sur un échantillon de dix-sept oppida ; les même qui seront étudiés sur un plan démographique un peu plus loin. Deux formes locales de stockage des céréales, com- munes aux populations indigènes de Méditerranée nord-occidentale, sont clairement identiiées : d’une part, l’urne en céramique non tournée et le pithos des- tinés à un stockage à court et moyen terme à usage familial ou commercial, et d’autre part le silo pour des réserves à long terme à inalité agricole (semences) domestique (réserves familiales), sociale (réserves communautaires stockée en prévision de disettes ou de conlit) ou commerciale (terme de l’échange). On note un usage permanent durant toute la Protohistoire de ces deux formes, mais alors que utilisation de l’urne en céramique non tournée restera stable (besoins familiaux constants), celui des pithoi (à la contenance plus impor- tante) variera selon la demande extérieure, et on notera un emploi important des silos dans zones de production de la Catalogne et du Languedoc occidental, quand se développera le commerce avec le monde méditerranéen. 1.1. Données globales sur le stockage en Languedoc L’étude des moyens de stockage révèle de façon très suggestive, une augmentation de la production à partir de la in du VI e s av. J.-C. et surtout durant le V e s av. J.-C. (Py 1990, p. 94-95, 441-442 doc. 95, Garcia 1987). Dès la in du VI e av. J.-C. l’usage du pithos se répand d’où l’idée de l’émergence de nouveaux besoins en stockage, liés au développement d’une production com- merciale. Le nombre de ces pithoi augmente ensuite dans les décennies suivantes, avec la présence des premiers greniers dans les habitats (pièces entièrement dévolues au stockage, à Lattes par exemple). Ces vases, dont les témoignages archéologiques montrent clairement qu’ils sont essentiellement réservés au stockage des céréales, représentent au milieu du V e s av. J.-C., 25 à 35 % du mobilier sur les sites indigènes du Languedoc oriental. Cette progression des taux de fréquence est en outre 2. Variations démographiques et production des céréales en Celtique méditerrannéenne : le rôle de Marseille grecque ? Dominique Garcia, Delphine Isoardi