Virologie. Volume 3, Numéro 6, 455-64, Novembre-Décembre 1999, Revues 1 Les ARN défectifs interférents chez les coronavirus Virologie. Volume 3, Numéro 6, 455-64, Novembre-Décembre 1999, Revues Résumé Summary Auteur(s) : H. Pascalis, H. Laude, INRA, Unité de virologie immunologie moléculaire, 78350 Jouy-en-Josas. Résumé : La réplication des coronavirus s’accompagne de l’émergence de molécules d’ARN génomique défectives, un phénomène d’observation courante chez les virus à ARN. Ces molécules, issues d’événements de recombinaison, sont susceptibles d’interférer plus ou moins efficacement avec la réplication du virus sauvage et, lorsqu’elles sont encapsidées, d’infecter de nouvelles cellules. C et article est une synthèse des connaissances actuelles sur les ARN défectifs interférents chez les coronavirus, dont l’étude s’est révélée être un atout décisif pour une meilleure compréhension d’aspects essentiels du cycle viral tels que la réplication, la transcription et l’encapsidation, mais aussi l’étude des mécanismes mis en jeu lors de la recombinaison, très fréquente chez ces virus. Cet apport s’est récemment renforcé avec la démonstration que l’utilisation judicieuse de transcrits provenant d’ARN défectifs clonés était un moyen efficace d’introduire des modifications ciblées dans l’ARN génomique via une recombinaison in vivo, ouvrant ainsi la voie à la génétique inverse chez les coronavirus. Mots-clés : Coronavirus – ARN défectif interférent – Transcription – Réplication – Recombinaison. Illustrations ARTICLE La propagation des virus à ARN s'accompagne fréquemment de celle d'objets pseudoviraux tels que ARN satellites, virus satellites, virus défectifs et, enfin, ARN chimériques. Les virus et ARN satellites requièrent la présence d'un virus auxiliaire fonctionnel pour leur infectiosité, ce en dépit d'une faible analogie de séquence avec l'ARN génomique viral. À l'inverse, les ARN défectifs interférents (DI) sont dérivés du génome du virus sauvage, mais leur propagation reste strictement dépendante de celle du génome parental. Les ARN DI se singularisent par leur capacité à interférer négativement avec la réplication du virus parental. Il existe néanmoins des éléments défectifs pour lesquels aucune activité interférante ne s'observe, et ils sont alors désignés par ARN D. Les virus défectifs sont également dérivés du virus sauvage, et ne nécessitent la présence de ce dernier que dans certaines conditions. Les ARN chimériques, quant à eux, sont des molécules recombinantes qui associent des séquences issues du virus sauvage mais aussi d'autres sources. Nous proposons dans cette revue de nous focaliser sur les ARN DI des coronavirus, dont l'intérêt en vue d'une meilleure connaissance a été souligné par les travaux effectués depuis une vingtaine d'années. Auparavant, quelques notions relatives à leur organisation génomique ainsi qu'à leur mode de réplication seront présentées. Elles sont nécessaires afin d'intégrer les différents aspects des ARN DI au sein de leurs mécanismes réplicatifs et transcriptionnels, lesquels sont complexes et étroitement