Manuela Álvarez Jurado La traduction à la Renaissance: «pour» et «par» les femmes On a étudié l’époque de la Renaissance sous les angles les plus variés, mais surtout en tant que période de changements profonds et de grandes découvertes. Une des découvertes les plus marquantes est celle de l’autre : l’altérité. L’homme de la Renaissance se tourne vers le passé pour essayer de le rendre présent et, en même temps, il regarde l’avenir auquel il prétend léguer un nouveau discours où l’on reconnaît à la fois le son de l’Antiquité et celui de la Renaissance. Cet homme, qui ne connaît pas de frontières, ac- cueille tout genre de cultures en les assimilant dans une dialectique enrichis- sante, favorisant ainsi le dialogue en tant que voie d l’échange culturel. À la Renaissance, les différentes cultures européennes entrèrent en con- tact grâce à l’essor extraordinaire de l’imprimerie qui favorisa la libre circu- lation de textes et fit du livre le mode de communication par excellence. Dans un premier temps, le livre fut considéré comme étant un objet de luxe que tous les lecteurs n’avaient pas pu se permettre et pourtant, l’étape de vulgarisation du livre s’est progressivement initiée. Il y avait des narrations, des collections narratives classiques naguère en latin cal- ligraphiées sur vélin, objet de luxe pour les princes (…) les libraires lyonnais of- fraient les grands anciens à tout bourgeois qui veut bien acheter son in-8º en «vulgaire». 1 L’imprimeur commence à prendre conscience de la nécessité d’unir profit et agrément pour le bien d’un public lecteur issu des couches sociales les plus variées. Dans un tel climat de bibliophilie 2 , la traduction acquiert une importance particulière. Dans la société française du XVIème siècle, où un grand nombre d’intellectuels lisaient le grec, le latin ainsi que l’italien ou l’espagnol, il convient de réfléchir sur la valeur que l’on accordait à la tra- duction. Celle-ci fut durement critiquée car l’on considérait que, de par leur mauvaise qualité, les textes traduits n’étaient pas fidèles et s’éloignaient de l’original. Pour Joachim du Bellay, la traduction, qu’il considère plutôt comme une trahison, surtout en poésie, devient une tâche «inutile et perni- 1 Pérouse, Gabriel André, Nouvelles françaises du XVI ème siècle. Images de la vie du temps, Genève, Droz, 1977, p.70. 2 Kristeva, Julia, El texto de la novela, Madrid, Lumen, 1981, p. 206.