1 Bruno Belhoste Un espace public d’enseignement aux marges de luniversité. Les cours publics à Paris à la fin du XVIII e siècle et au début du XIX e siècle. Article publié dans Thierry Amalou et Boris Noguès (dir.), Les universités dans la ville, XVI e -XVIII e siècles, PUR, Rennes, 2013, p. p. 217-233 Dans les facultés des sciences et des lettres, la figure moderne de l’étudiant naît avec la création des bourses de licence en 1877. Cette création entraîne avec elle une transformation rapide de l’enseignement dans ces facultés. Les cours fermés et les conférences pour les étudiants y remplacent en effet de plus en plus les cours publics, ouverts à tous, qui constituaient jusqu’alors la forme presque exclusive de l’enseignement. Dans le second volume de son Histoire de l’enseignement supérieur publié en 1894, le directeur de l’enseignement supérieur Louis Liard souligne l’importance de ce changement, surtout pour les facultés des lettres. « Il fut visible qu’il y avait quelque chose de changé dans l’enseignement supérieur des lettres le jour où, au voisinage de la Sorbonne, à quelques pas des grands amphithéâtres, toujours ouverts au public et toujours fréquentés, s’élevèrent, en attendant mieux, des baraquements provisoires à trois compartiments chacun, une salle de conférences, sans chaire monumentale, un cabinet pour le professeur et, attenant, une salle d’études, avec des livres pour les élèves. » 1 . La tradition française des « leçons oratoires », illustrée par Guizot, Michelet, Quinet et tant d’autres, se serait ainsi effacée au profit d’un enseignement plus scientifique et plus érudit. Dans son étude, Liard fait remonter cette tradition française aux années de la Restauration. L’enseignement supérieur des lettres et des sciences aurait eu alors à prendre parti entre deux voies : « ou bien s’enfermer avec quelques élèves d’élite …, ou bien s’ouvrir à tout venant, se donner pour mission la diffusion des idées, et faire de la chaire une tribune, du professeur un orateur, des auditeurs un public ». C’est dans cette dernière voie que Cousin, Guizot et Villemain l’aurait entraîné : « Aux professeurs de nos facultés il faudra désormais les grands auditoires et les émotions de la parole publique. Pour près d’un demi-siècle se trouve fixé leur idéal. Notre enseignement supérieur y gagnera un éclat extérieur inconnu dans les autres pays ; mais que de forces vives y seront perdues pour la science. » 2 Dans une longue étude consacrée à l’enseignement supérieur libre en France, publiée un an après celle de Liard, Charles Dejob, maître de conférences de langue et littérature italienne à la Sorbonne se penche lui aussi sur ces « cours publics » dont le goût aurait caractérisé l’enseignement supérieur français. 3 Mais alors que Liard en situe l’origine au début du XIX e siècle, Dejob remonte jusqu’à la fin du siècle précédent, avec la création à 1 L. Liard, L’Enseignement supérieur en France, 1789-1893, vol. 2, Paris, 1893, p. 404-405. 2 Ibid., p. 172-173. 3 Ch. Dejob, « L’enseignement supérieur libre en France » in L’Instruction publique en France et en Italie au dix-neuvième siècle, Paris, 1894, p. 123-255.