- 210 - La bataille des mots : Charles Péguy et l’écriture de combat JENNIFER KILGORE-CARADEC Je vous remercie de m’avoir invitée à venir parler à Saint-Rémy- la-Calonne 1 , lieu marqué par le souvenir d’Henri Alain-Fournier, que vous commémorez particulièrement depuis 1991 quand son corps fut retrouvé ici, et qui a inspiré le titre de ce festival littéraire. Il est d’autant plus émouvant de parler de Charles Péguy ici, que Alain-Fournier était un de ses plus grands amis et conidents à partir de 1910 : leurs enthousiasmes littéraires partagés et leurs complicités ont été décrits par Jacques Rivière dans le texte « Alain-Fournier » qu’on trouve facilement à la in de l’édition Folio récente du Grand Meaulnes 2 . Alain-Fournier était aussi le tuteur français du grand poète américain T.S. Eliot, qui avait vingt-deux ans quand il a passé l’année 1909-10 à Paris, dans le cadre de ses études de philosophie à Harvard. Eliot aurait pu croiser Péguy dans les cours d’Henri Bergson au Collège de France, auxquels tous les deux assistaient. C’est probablement grâce à Alain-Fournier qu’Eliot a aussi pris connaissance de Péguy vers cette période – ce qui n’est peut-être pas une mince affaire pour les lettres anglophones, même si c’est un terrain encore trop peu exploré… On sait qu’Eliot a lu Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc dès l’année de sa publication dans les Cahiers en 1910. En 1983, Sir Geoffrey Hill 1. Conférence dédiée au Lycée Charles Péguy République et donnée au festival littéraire « Printemps du Grand Meaulnes » à Saint-Rémy-la-Calonne, le 18 mai 2014. 2. Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, suivi de Alain-Fournier de Jacques Rivière, Paris, Gallimard / Folio n°4943, 2009.