1 Jean-François Mignot jeffmignot@yahoo.fr Le dessin de presse, histoire et actualité (1789-2015) Des expositions virtuelles passionnantes présentent l’histoire du dessin de presse en France depuis la Révolution ainsi que l’actualité de la profession, marquée par l’attentat contre Charlie Hebdo. Suite à l’attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo (2015), et dix ans après la crise mondiale dite des « caricatures » de Mahomet (2006), retracer l’histoire du dessin de presse permet de mieux comprendre sa brûlante actualité. Le site Caricatures & caricature propose à ce sujet trois expositions riches et pédagogiques. Le dessin de presse face à la censure présente une brève histoire du traitement juridique du dessin de presse en France depuis la Révolution. Jusqu’en 1881, l’Etat contrôle la presse écrite par le biais de « l’autorisation préalable », c’est-à-dire que les textes et dessins de presse doivent être approuvés par la censure avant d’être publiés (régime préventif). Concernant plus spécifiquement le dessin de presse, la loi du 9 septembre 1835, adoptée suite à un attentat contre Louis-Philippe, dispose qu’« aucun dessin, aucunes gravures, lithographies, médailles et estampes, aucun emblème, de quelque nature et espèce qu’ils soient, ne pourront être publiés, exposés ou mis en vente sans autorisation préalable du ministère de l’Intérieur, à Paris, et des préfets, dans les départements ». C’est la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui supprime l’autorisation préalable : désormais, la loi définit un certain nombre d’infractions en matière de presse (injure, diffamation, provocation aux crimes et délits, offense au Président de la République, etc.), dont le directeur de publication et l’auteur ou le dessinateur doivent éventuellement rendre compte devant les tribunaux, mais après publication, c’est-à-dire une fois qu’une infraction a pu être commise (régime répressif). Depuis 1881, la censure préalable de la presse n’a pas été rétablie en France, hormis pendant les deux guerres mondiales (et un régime de censure préalable subsiste jusqu’en 1906 en matière de théâtre, depuis 1919 en matière de cinéma, et depuis 1949 en matière de publications pour la jeunesse). L’essor du dessin de presse de 1789 à 1914 Si la Révolution a conduit à faire circuler un grand nombre d’estampes satiriques – qui moquent la noblesse, le clergé, Louis XVI à partir de sa fuite à Varenne (1791), Marie- Antoinette, les dirigeants étrangers ennemis de la révolution, etc. , ces dessins ne relèvent pas, à proprement parler, du dessin de presse. Et jusqu’en 1830, la presse satirique est principalement écrite, plutôt que d’être dessinée. Ainsi, aux débuts de la Restauration et lors des Cent-jours, Le Nain jaune (journal créé en 1814, qui cesse de paraître en 1815) raille les membres de « l’ordre de l’éteignoir », qui voudraient revenir sur les acquis des Lumières, de la Révolution et de l’Empire, et les opportunistes de « l’ordre de la Girouette ». C’est à partir de 1830, année de création du journal La Caricature (1830-1835), que se développe la caricature politique dessinée. Deux dessins qui animalisent ou chosifient Charles X sont restés fameux : « La plus grande bête qu’on ait jamais vue » de Langlumé (1830), et le « pieu monarque » de Decamps (1830). Contre Louis-Philippe, on se souvient du « Gargantua »