Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance - Tome LIX -1997 - 2, pp. 337-352 NOTE SUR LA POSTÉRITÉ DU MIROIR DE MORT OLIVIER DE LA MARCHE ET UNE PRÉTENDUE TRADUCTION BRETONNE Le Miroir de Mort de George Chastelain a vraisemblablement connu un succès appréciable, comme en témoignent les douze manuscrits que nous possédons aujourd'hui!. Dès lors, nous nous attendrions peut-être à découvrir de nombreux témoins incunables ou imprimés dans les fonds de bibliothèques. Cependant, comme le signalait déjà Eugénie Droz en 1928, «Chastellain, le 'tresexpert orateur et le nonpareil en son temps' tomba rapidement dans l'oubli »2. Il ne subsisterait de lui que deux petits incu- nables fort rares: tout un exemplaire des Chansons Géorgines conservé au Musée Condé à Chantilly (Delisle, 420), ensuite, un exem- plaire du Miroir de Mort conservé à la réserve de la Bibliothèque Natio- nale sous la cote Ye 171. Outre le fait que nous possédions peu de témoins incunables des oeuvres du «Grand George», l'attribution erronée du Miroir de Mort à Olivier de la Marche rend compte du peu d'intérêt que suscita la poétique de Chastelain pour les siècles passés. A partir du XVIIIe siècle, toute une tradition critique attribua le Miroir de Mort à Olivier de la Marche. Le XIX e siècle compliqua quelque peu les choses en prétendant que le texte fut traduit en breton par Christophe de Chef-fontaines vers 1570 ou encore par Jean l'Archer vers 1530. Lors de la première édition du poème par Kervyn de Lettenhove en 1864, le nombre de manuscrits se limitait à trois. Soixante-quatre ans plus tard, E. Droz et C. Dalbanne élargissaient le nombre des témoins à douze, en adjoignant huit manuscrits et un incunable. Des manuscrits mentionnés par Droz et Dalbanne, il n'en sub- siste actuellement que dix étant donné que le onzième, localisé à Thrin, a disparu lors de l'incendie de la Bibliothèque en 1904 (comme nous le verrons par la suite, ce manuscrit semble être à la base de toute la polémique d'attribution du texte). Malgré tout un onzième manuscrit peut être ajouté à la liste: il s'agit d'un recueil de poésies, communément appelé « Livre de Ballades de Jehan et Charles Bocquet » et conservé aux Archives de l'Etat à Mons (Belgique) sous la cote ms. divers 114 (ff. 75-90). Pour plus de précisions sur la tradition manuscrite du Miroir de Mort, voir: E. Droz et C. Dalbanne, « Le Miroir de Mort de George Chastelain », dans Gütenberg Jahrbuch, 1928, pp. 89-92/ G. Chastelain, Le Miroir de Mort. Edition critique par T. Van Hemel- ryck, Louvain-la-Neuve, Institut d'Etudes Médiévales, 1995 (Textes, Etudes, Congrès, 17). - Aux onze manuscrits répertoriés dans notre édition nous pouvons, à ce jour, ajouter un douzième manuscrit, conservé à la National Library of Wales sous la cote Peniarth MS 482. Nous fournirons ultérieurement une étude de ce nouveau manuscrit au regard de toute la tradition (nous remercions notre collègue Graeme Sm ail du Department of Medieval History de l'Université de Glasgow pour nous avoir commu- niqué cette information). 2 E. Droz et C. Dalbanne, lac. cit., p. 89.