LA TRADUCTION PAR « DERECHIEF » DANS LA GENÈSE EXTRAITE DE LA BIBLE HISTORIALE DE GUYART-DES-MOULINS X.-L. SALVADOR Le présent article abordera les particularités du fonctionnement de l’adverbe « derechief » dans la traduction du Livre de la Genèse de Guyart-des- Moulins au regard des particules présentes dans les textes antérieurs de la Bible afin de démontrer que la dynamique du discours traduit réside dans l’expression d’une voix spécifiquement française introduite au sein de la polyphonie du texte sacré. Cette description participe à la définition du travail opéré par les traducteurs pour couler la poétique des textes anciens dans le « carcan de la syntaxe » et se place dans la lignée des travaux d’Annie Bertin lorsqu’elle écrivait : On peut […] déduire que l'apparition de car en prose n'est pas liée à un souci du détail [et que] c'est bien plutôt un palliatif pour compenser la désintégration du système rassurant du vers : à la cohésion assurée par la rime, l'octosyllabe, le distique succède une cohésion fondée sur la multiplication des outils de liaison […] pour mieux entrer dans le carcan de la syntaxe 1 . Exemples de la stratification des formes de la répétition dans les traductions anciennes L’expression utilisée dans le texte hébreu du Bereshit pour exprimer la répétition est «  (owd) » (« encore »). Il y a trente-deux occurrences de «  (owd) » (« encore »)dans le Bereshit, sachant que le mot peut aussi bien être utilisé pour exprimer la répétition d’un procès que pour insister sur son imperfection en contexte négatif (comme en Gn 9,11 : «  » (maboul owd velo-yiheyeh), c’est-à-dire plus ou moins littéralement « et ne sera pas encore le déluge » ou encore en Gn 17,5 «  » (averaham shimekha vehayah averam shimekha et owd velo-yiqare), « et ne sera encore ton nom Abram mais Abraham ») ou pour préciser la persistance, comme « encore » en français moderne (ainsi en Gn 29,7 «  » (gadol hayom owd hen vayomer), « et il dit : "le jour est encore grand" »). Sur cet ensemble, seule la moitié des occurrences exprime la répétition. Dans le texte grec des Septante, «  (owd) » (« encore ») est traduit systématiquement soit par l’adverbe «  » (« encore ») soit par l’adverbe à valeur temporelle «  » (« en arrière »), soit par la conjonction «  »(« et »). Par exemple, en Gn 18,29 le Bereshit dit : «  » (owd vayosseph), « (et) il ajouta à nouveau » que les Septante traduisent : «  ». En Gn 29,33 le Bereshit dit : «  » (« owd vatahar »), « elle conçut de nouveau » que les Septante traduisent par le tour composé exprimant l’itération : «    ». Enfin, l’expression hébraïque «  » (« owd adam vayeda »), « et Adam aima encore » est traduite en grec : «  ». L’expression la plus représentée demeure cependant le premier adverbe, dont nous recensons en tout quarante-quatre occurrences 2 , contre neuf pour le second. La conjonction 1 BERTIN, 1997, pp. 150-152.