J Radiol 2007;88:1777-86
© 2007. Éditions Françaises de Radiologie.
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formation médicale continue le point sur…
Sonoperméabilisation : alternative thérapeutique
par ultrasons et microbulles
K Kaddur (1), P Palanchon (1), F Tranquart (1), C Pichon (2), A Bouakaz (1)
Introduction
La thérapie génique constitue un enjeu majeur dans le traite-
ment de nombreuses pathologies humaines. Le décryptage du
génome humain a permis de déceler les origines des pathologies
retrouvées au niveau d’un gène muté. Les applications de la thérapie
génique s’intéressent aux maladies dites héréditaires monogéniques
comme la mucoviscidose et la myopathie de Duchenne. La stratégie
thérapeutique consiste dans ce cas à introduire une copie fonction-
nelle du gène muté pour restaurer le métabolisme normal. La
thérapie génique peut aussi s’appliquer dans le contexte des maladi es
dites acquises, telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires
et métaboliques. L’administration du gène thérapeutique promeut
ou inhibe la production d’une protéine spécifique dans le but
d’induire une réponse thérapeutique contrecarrant le déséquilibre
initial. La limite principale de la thérapie génique est de trouver
une méthode de transfert de gène efficace et à effet thérapeutique
probant. Deux principales stratégies ont été mises au point dans
ce but. L’infection virale se servant de la capacité naturelle des virus
à pénétrer dans les cellules cibles et d’atteindre le noyau est la
technique la plus utilisée dans les essais cliniques. Pour cela les virus
sont rendus inoffensifs en éliminant les gènes viraux pathogènes
qui sont remplacés par le gène thérapeutique d’intérêt. Certes,
cette méthode a démontré une certaine efficacité (1) mais elle pré-
sente cependant des risques certains dus à la nature des vecteurs
viraux. Ces limites sont liées pour une part au potentiel immuno-
gène des virus recombinants. L’organisme peut activer une réponse
immunitaire imprévisible et incontrôlée comme cela a pu être
observé en 1999 dans le cas d’un patient souffrant d’une déficience
en ornithine transcarbamylase, une maladie génétique du foie
(2). D’autre part, l’intégration aléatoire du génome viral dans
l’organisme hôte peut être à l’origine de développement de
leucémies, ceci ayant été observé chez des enfants atteints de
déficience immunitaire sévère (SCID) (3). En parallèle d’autres
stratégies thérapeutiques dites non virales ont été développées
telles les vecteurs synthétiques regroupant en particulier des
polymères et des lipides cationiques. Leurs charges confèrent à
ceux-ci des avantages majeurs tels que la capacité de complexer
l’ADN puis de pénétrer dans les cellules grâce à l’interaction des
membranes cellulaires anioniques et les voies d’incorporation
naturelle des cellules (endocytose) (4). Ces vecteurs chimiques
sont non immunogènes et peuvent être administrés de manière
répétée. Ils présentent aussi une très faible fréquence d’intégration
dans le génome. Malgré ces avantages, cette technique n’atteint
pas l’efficacité thérapeutique des vecteurs viraux. De ce fait le
développement d’alternatives pour le transfert de gènes à la fois
efficaces et non toxiques est devenu un enjeu majeur dans le
domaine de la thérapie génique. Dans cette perspective, de nouvelles
techniques physiques ont émergé depuis une dizaine d’années.
Elles reposent sur le principe de l’utilisation d’une source
énergétique externe d’origine physique, champ ultrasonore (5),
électrique (6), électromagnétique (7), pouvant aider les molécules
à pénétrer dans la cellule en perturbant l’intégrité de la membrane
cellulaire. Parmi ces techniques physiques de perméabilisation,
les ultrasons, en particulier dans les gammes de fréquences utilisées
en imagerie médicale ont montré qu’ils étaient capables d’accroître
l’incorporation de molécules dans la cellule en augmentant
provisoirement la perméabilité membranaire (8). Cet effet, appelé la
sonoporation est particulièrement potentialisé par la présence de
Abstract Résumé
Sonopermeabilization: Therapeutic alternative with ultrasound and
microbubbles
J Radiol 2007;88:1777-86
Future applications of ultrasound and microbubbles extend to more
than imaging applications. Over the last few years, it was reported that
sonographic contrast agent effects under ultrasound, modulate
transiently cell membrane permeability. This process, named
sonoporation and classified as a new physical method to transfer genes
or drugs, consists of using a physical energy source to modulate
membrane integrity. The possibility to transfer therapeutic genes
would be a new tool for gene therapy and could constitute an alternative
method. After in vitro and in vivo studies presentation, the therapeutic
potential of sonoporation will be investigated in this paper.
Les applications des ultrasons et des microbulles de gaz s’étendent au-
delà de l’application en imagerie ultrasonore. Des études récentes ont
démontré que les activités des agents de contraste ultrasonores sous
l’effet des ultrasons modulent transitoirement la perméabilité de la
membrane cellulaire. Ce procédé aussi appelé sonoporation a été
classifié en tant que nouvelle méthode physique de transfert de gènes.
Cette dernière consiste à utiliser une source énergétique externe
modulant l’intégrité membranaire. La possibilité de transférer des
gènes dits thérapeutiques constituerait de ce fait une méthode de
thérapie génique alternative. Après la présentation des travaux in
vitro et in vivo sur la sonoporation, le potentiel thérapeutique de la
sonoporation sera évalué dans ce manuscrit.
Key words: Ultrasound. Microbubbles. Gene transfer. Therapy.
Imaging.
Mots-clés : Ultrasons. Microbulles. Transfert de gènes. Thérapie.
Imagerie.
(1) Unité Inserm 619, Hôpital Bretonneau, CHU Tours, Université François Rabelais, 2
boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex, France ; (2) Centre de Biophysique Moléculaire,
CNRS-UPR4301, Orléans, France.
Correspondance : A Bouakaz
E-mail : bouakaz@med.univ-tours.fr