J Radiol 2010;91:895-900 © Éditions Françaises de Radiologie, Paris, 2010 Édité par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés article original neuroradiologie Embolisations des anévrismes cérébraux : évolutions du financement et perspectives C Labalette (1, 5), E Houdart (2, 5), S David (1), R Rymer (3, 5), C Duteil (1), JF Tacnet (4), P Soyer (3, 5) et C Segouin (1, 6) a prévalence des anévrismes intra- crâniens est estimée entre 0,4 à 6,0 % (1). Les hémorragies sous arachnoï- diennes secondaires à une rupture d’ané- vrisme représentent 1 à 7 % des accidents vasculaires cérébraux (2). Leur incidence est variable selon les pays et se situe autour de 9/100 000 habitants/an (3, 4). Les conséquences sont lourdes pour les individus en termes de mortalité (la mor- talité à 28 jours s’élève à 42 % (4)), de sé- quelles neurologiques et donc de santé publique et, bien sûr, de coût pour la so- ciété. Le traitement endovasculaire des ané- vrismes cérébraux est le traitement de ré- férence, aussi bien pour les anévrismes rompus (5, 6) que pour la prévention des hémorragies sous arachnoïdiennes pour les anévrismes non rompus (7). La tarification à l’activité (T2A), mise en place en 2004 pour le financement du sec- teur Médecine-Chirurgie-Obstétrique (MCO), est effective à 100 % depuis le 1 er janvier 2008. Chaque séjour est classé dans un Groupe Homogène de Malade (GHM). À chaque GHM est attribué un tarif correspondant à la recette engendrée pour l’hôpital. Les tarifs sont déterminés à partir de l’étude nationale de coût (qui comprend une cinquantaine d’établisse- ments de santé volontaires) et de l’objectif national des dépenses de l’assurance- maladie MCO. Ainsi, certains tarifs peuvent ne pas toujours correspondre aux coûts réels des séjours. Les coûts des dis- positifs médicaux implantables (DMI), tels que les coils, ne sont pas pris en compte dans les tarifs des GHM. S’ils sont inscrits sur la liste nationale des produits et pres- tations remboursables (LPPR), ils sont fi- nancés « en sus » du tarif du séjour et remboursés en fonction d’un tarif appelé « tarif de responsabilité » déterminé au niveau national. Les coils non largués ne sont pas remboursés en sus. Abstract Résumé Embolization of intracranial aneurysms: reimbursement and perspectives J Radiol 2010;91:895-900 Purpose. To determine the costs related to the embolization of intrac- ranial aneurysms compared to "rates per activity" (T2A) reimburse- ments. Materials and methods. The hospital admissions of patients with intrac- ranial aneurysms treated with embolization and classified under diagnosis-related group (DRG) 01K02Z in 2007 were included. The costs related to the single-use devices, neurointerventional suite and hospital stay were calculated by analytical accounting. Revenues were calculated based on DRG-based medical information system (PMSI) and medical data using the diagnosis-related groups and reimburse- ments from 2007 (V10 of DRG) and 2009 (V11). Results. Fifty-seven patients were included. The total cost was 932.278 and hospital revenues were 655.648 in 2007 and would have been 825.211 in 2009. The financial loss was on average 4.853 per admission in 2007 and 1.878 in 2009, and even more in two cases of ruptured aneurysm. Conclusion. In 2001, embolization of intracranial aneurysms, the treatment of choice for this pathology, results in a financial loss for the hospital, larger for ruptured aneurysms compared to non-ruptured aneurysms. The updated DRG, while improving the situation, remains insuffiient. Objectif. Analyser le coût hospitalier de l’embolisation des anévrismes cérébraux et le comparer aux recettes générées dans le contexte de la T2A. Matériel et méthode. Les séjours de patients traités par embolisation d’un anévrisme cérébral et groupés dans le GHM 01K02Z en 2007 ont été inclus. Le coût des dispositifs à usage unique, de la salle de neuro- radiologie interventionnelle et des séjours ont été calculés à partir de la comptabilité analytique. Les recettes ont été calculées à partir des données PMSI et médicales en appliquant les GHM et tarifs de 2007 (V10 des GHM) puis 2009 (V11). Résultats. Cinquante-sept patients ont été inclus. Le coût global a été de 932 278 et les recettes générées pour l’hôpital ont été de 655 648 en 2007 et auraient été de 825 211 en 2009. Le déséqui- libre financier était en moyenne de 4 853 par séjour en 2007 et 1 878 en 2009, il était supérieur pour les anévrismes rompus dans les deux cas. Conclusion. En 2007, l’embolisation des anévrismes cérébraux, traitement de référence de cette pathologie, génère un déséquilibre financier, plus important pour les anévrismes rompus que pour les non rompus. L’impact de la nouvelle version des GHM est positif mais semble encore insuffisant. Key words: Interventional neuroradiology. Cerebral aneurysm. Cost analysis. PMSI. Rates per activity. Mots-clés : Neuroradiologie interventionnelle. Anévrisme cérébral. Analyse de coût. Programme de médicalisation du système d’information. Tarification à l’activité. L (1) Service de santé publique et économie de la santé, Groupe hospitalier Lariboisière-Fernand Widal, Assis- tance Publique-Hôpitaux de Paris. (2) Service de neuro- radiologie vasculaire interventionnelle, Groupe hospita- lier Lariboisière-Fernand Widal, Assistance Publique- Hôpitaux de Paris. (3) Service de radiologie viscérale, Groupe hospitalier Lariboisière-Fernand Widal, Assis- tance Publique-Hôpitaux de Paris. (4) Direction des Fi- nances, Groupe hospitalier Lariboisière-Fernand Wi- dal, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. (5) Faculté de médecine, université Denis Diderot — Paris 7. (6) Wilson Centre for Research in Education, Faculté de médecine, Université de Toronto, Canada. Correspondance : C Labalette, Service de santé publique et économie de la santé, Groupe hospitalier Lariboisière- Fernand Widal, 2 rue Ambroise Paré, 75475 Paris cedex 10. E-mail : celine.labalette@lrb.aphp.fr