Dans Jacinthe Tremblay (éd.) Enjeux de la philosophie japonaise du XX e siècle (Presses de l'Université de Montréal, 2010). Le jeet le tu: Une étude comparative de Mikhaïl Bakhtine et Nishida Kitarô par Thorsten Botz-Bornstein 1. Préoccupations parallèles « Des réflexions fondamentales concernant la relation entre le ‘je’ et le ‘tu’ ont été essentielles pour deux grands penseurs préoccupés par la création de systèmes philosophiques susceptibles de définir la place de l’individu à l’intérieur d’un environnement général. Simultanément quoique sur des continents différents, Mikhaïl Bakhtine et Nishida Kitarô ont poursuivi la question de la perception de l’autre tout en considérant la fonction de l’empathie, du Soi humain, de la valeur de la réexpérience, etc. Ce qui reste frappant n’est pas seulement la ressemblance méthodologique entre les deux approches philosophiques, mais aussi la ressemblance de leurs résultats respectifs. Avec persévérance, Nishida et Bakhtine ont insisté sur le caractère paradoxal de la perception de l’autre qui, quoique fonctionnant dans une certaine mesure à travers l’assimilation du ‘tu’ au ‘je’, doit néanmoins aussi toujours maintenir une distinction nette entre les deux afin de rendre possible une perception du ‘je’ par le ‘tu’. Trois points de ressemblance peuvent être considérés comme particulièrement frappants: a) Nishida et Bakhtine étaient imprégnés par l’herméneutique allemande et la philosophie néo-kantienne de leur temps; à part cela, les écrits de Dilthey et Rickert ont laissé une forte empreinte sur la pensée des deux philosophes. L’héritage commun des ces deux philosophes germanophiles inclut aussi leur adaptation du concept humboldtien de la langue en tant qu’acte créatif. Pour Bakhtine, le lieu de la création linguistique représentait un lieu de production de l’action sociale. Il sera donc intéressant à savoir aussi de quelle manière l’idée nishidienne du ‘lieu’ inclut l’action sociale. b) Les parallèles qui apparaissent au sujet des réflexions sur l’art sont étonnantes. Les deux philosophes considèrent Semper, Riegl, Wölfflin et Worringer comme des théoriciens de l’art digne d’être discutés en premier lieu. Le criticisme ils développent vis-à-vis de ces auteurs s’avère en grande partie identique. c) L’analyse bakhtinienne de la relation entre ‘je’ et ‘tu’ a été inspirée par le