Effet spéciique de la musique dans la prise en charge de patients Alzheimer Sylvain Clément 1 , Audrey Tonini 1 , Fatiha Khatir 2 et Loris Schiaratura 3 1 JE 2497 Neuropsychologie et Cognition Auditive, Université Lille Nord de France, Villeneuve d’Ascq 2 Résidence Val d’Escaut, Pôle gériatrique du Centre Hospitalier de Valenciennes, Valenciennes 3 EA-4072 PSITEC, Université Lille Nord de France, Villeneuve d’Ascq. Contact : sylvain.clement@univ-lille3.fr La prise en charge des patients souffrant d’une démence de type Alzheimer devient actuelle- ment une problématique de santé publique importante ainsi qu’une préoccupation politique. A ce jour, les approches pharmaceutiques permettent juste de ralentir l’évolution de la maladie. Aussi, l’interêt pour des approches thérapeutiques non médicamenteuses est croissant dans les services accueillant ces patients. En plus des déicits cognitifs massifs associés à la démence de type Alzheimer, on retrouve fré- quemment chez ces patients un certain émoussement émotionnel. La musique semble un vecteur particulièrement pertinent pour provoquer des réponses émo- tionnelles marquées. La simple écoute de morceaux préférés provoque l’activation de réseaux cé- rébraux lié à la motivation et au plaisir (Zatorre & Blood, 2001). Récemment, Roy et al. (2009) on montré que l’écoute de la musique provoquait des réponses neurovégétatives (EMG) en lien avec le caractère plus ou moins agréable de l’extrait. Les patients alzheimer restent capables, malgré la progression de la pathologie, de traiter les différentes dimensions de la musique comme le rythme et la mélodie (Polk & Kertesz, 1993) et ce traitement peut même donner lieu à des apprentissages implicites (Moussard et al., 2008). De nombreuses études montrent que la stimulation musicale régulière permet de réduire l’agita- tion verbale et motrice des patients (voir par exemple : Tabloski et al., 1995 ; Burgio et al., 1996 ; Ragneskog et al., 1996) et aurait aussi des effets positifs sur l’agressivité (Thomas et al., 1997) et sur l’anxiété (Guétin et al., 2007). Il n’est donc pas étonnant que de nombreuses études proposent une approche musicothérapeutique pour la prise en charge de ces patients. Néanmoins si un effet positif de la musicothérapie semble établi, les méthodologies des différentes études ne permettent ni d’en établir les bases neurophysiologiques, ni d’en évaluer la spéciicité(Koger et al., 1999). Introduction Méthode Résultats Discussion Références Participants Ateliers Procédure 24 patients ayant donné leur consentement et signer une autorisation de ilmer ont pris part à cette étude. Ils étaient répartis aléatoirement sur les deux groupes (MUSIQUE et PEINTURE). Une démence de type Alzheimer de stade modéré à sévère a été diagnosti- quée chez tous les patients. Les score au MMSE s’étalaient de 3 à 18 (moyenne 12,9) et les performance à la MATTIS étaient toutes inférieures au percentile 5. L’âge moyen était de 82.7 année (74-94) avec 11 individus de chaque sexe. Deux des patients du groupe PEINTURE n’ont inalement suivi l’étude jusqu’à son terme et leurs données ont donc du être écartées. Groupe MUSIQUE : Les ateliers de stimulation par la musique combinent à la fois des phases d’écoute de pièces musicales (répertoire diversiié de Mozart aux Beatles) et des phases de production au cours desquelles les participants sont invités à utiliser des instruments (percussion) de manière libre ou guidée. Groupe PEINTURE : Les ateliers de peinture étaient basés sur la production picturale libre ou guidée (production de mouvements, de formes) selon les phases. Ces deux groupes étaient au cours des ateliers invités à verbaliser ce qu’ils ressentent. Les 4 évaluations et les 3 semaines de stimulations étaient organisées selon la igure ci dessous, les deux premières évaluations constituant une double ligne de base. E3 est réalisée à la in d’un des ateliers. E4 est réalisée le lendemain du dernier atelier. Les évaluations aux différents temps de la procédure se présentent sous la forme d’entretiens individuels avec l’animateur des ateliers. Pour chaque entretien, un extrait de 2 minutes de est choisi aléatoirement et analysé verbalement et non verbalement : nombre de mot à valence positive ou négative et nombre de mimiques faciales de joie ou de tristesse (Ekman et Friesen, 1976). Par ailleurs le jour des évaluations, le question- naire du State Trait Anxiety Inventory for Adults (STAI-A, Spielberger, 1983) était admi- nistré au patients par un membre du personnel soignant comme indice de leur orientation émotionnelle. Evaluation 1 Evaluation 4 Evaluation 3 Evaluation 2 ATELIERS ( 2 ateliers /semaine ) ATELIERS ( 2 /sem ) 3 semaines 2 semaines 1 semaine Double ligne de base Blood, A. J., & Zatorre, R. J. (2001). Intensely pleasurable responses to music correlate with activity in brain regions implicated in reward and emotion. Procee- dings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 98(20), 11818-11823. Burgio, L., Scilley, K., Hardin, J. M., Hsu, C., & Yancey, J. (1996). Environmental «white noise»: an intervention for verbally agitated nursing home residents. Jour- nals of Gerontology. Series B, Psychological Sciences and Social Sciences, 51(6), P364-373. Ekman, P., & Friesen, W. V. Measuring facial movement. Journal of Nonverbal Behavior, 1(1), 56-75. Guétin, S., Portet, F., Messaoudi, M., Pose, C., Picot, M. C., & Touchon, J. (2007). Effets de la musicothérapie sur l’anxiété, la dépression des patients atteints de la maladie d’Alzheimer et sur la charge ressentie par l’accompagnant principal. L’ Encéphale, 35(1), 57-65. Koger, S. M., Chapin, K., & Brotons, M. (1999). Is Music Therapy an Effective Intervention for Dementia?A Meta-Analytic Review of Literature. Journal of Music Therapy, 36(1), 2-15. Moussard, A., Bigand, E., Clément, S., & Samson, S. (2008). Préservation des apprentissages implicites en musique dans le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer. Revue de Neuropsychologie, 18(2), 127-152. Polk, M., & Kertesz, A. (1993). Music and language in degenerative disease of the brain. Brain and Cognition, 22(1), 98-117. Ragneskog, H., Kihlgren, M., Karlsson, I., & Norberg, A. (1996). Dinner music for demented patients: analysis of video-recorded observations. Clinical Nursing Research, 5(3), 262-277; discussion 278-282. Roy, M., Mailhot, J. P., Gosselin, N., Paquette, S., & Peretz, I. (2009). Modulation of the startle relex by pleasant and unpleasant music. International Journal of Psychophysiology, 71(1), 37-42. Spielberger, C. D. (1983). Manual for the State-Trait Anxiety Inventory (STAI). PaloAlto, CA: Consulting Psychologists Press. Tabloski, P., Mc Kinnon-Howe, L., & Remington, R. (1995). Effects of calming music on the level of agitation in cognitively impaired nursing home residents. The American journal of Alzheimer’s care and related disorders and research, 10(1), 10-15. Thomas, D. W., Heitman, R. J., & Alexander, T. (1997). The effects of music on bathing cooperation for residents with dementia. Journal of Music Therapy, 34(4), 246-259. Cette recherche a été inancée par «l’Agence Nationale pour la Recherche» du ministère de la recherche française (projet n° NT05-3_45987). Cette étude menée chez des patients souffrant d’une démence de type Alzheimer a pour but : - de mesurer l’effet d’une stimulation régulière centrée sur la musique ou la peinture sur l’état émotionnel des patients. - de tester l’avantage thérapeutique à utiliser la musique comparativement à une autre stimula- tion de nature artistique (peinture). Objectifs Pour chaque valence émotionnelle (positive ou négative) on dispose donc de 3 indicateurs de l’état émotionnel du patient : - Score à la STAI (/40) - Nombre de mots produits en 2 minute d’entretien. - Nombre de mimiques faciales Neuropsychologie et Cognition Auditive -40 -30 -20 -10 0 10 20 30 40 Musique Peinture E4 E3 E2 E1 Orientation Emotionnelle (%) STAI-A -80 -60 -40 -20 0 20 40 60 80 Musique Peinture E4 E3 E2 E1 Orientation Emotionnelle (%) Valence du discours -80 -60 -40 -20 0 20 40 60 80 Musique Peinture E4 E3 E2 E1 Orientation Emotionnelle (%) Mimiques faciales Les 3 igures représentent, pour chaque indicateur, l’Orientation Emotionnelle moyenne des participants qui quantiie l’expression des émotions positives par rapport à l’expression des émotions négatives. L’ O.E. est calculée selon la formule : L’analyse statistique a été effectuée sur les scores bruts et par valence émotionnelle. Des tests non paramétriques ont été utilisés (tests du signe) pour tester la signiicativité des différences observée au seuil alpha=0.5. Ligne de base (E1/E2) : quel que soit l’indicateur et le groupe considéré, aucune différence signiicative n’a été mise en évidence entre les évaluations E1 et E2. Cela re- lète la stabilité de notre ligne de base. Evaluation E3 (sortie d’un atelier): pour tous les groupes et tous les indicateurs, on observe une augmentation si- gniicative de l’expression des émotions positives ainsi qu’une diminution des expressions négatives qui se traduit par une inversion de l’O.E. sur les graphiques. L’évaluation E4 (lendemain de la dernière séance): l’O.E. tend clairement à se normaliser pour le groupe pein- ture mais reste signiicativement au dessus de la ligne de base pour la musique. Ainsi une O.E. de -30% pour le nombre de mimiques fa- ciales signiie que les patients font 30% moins de mimiques de joie que de mimiques de tristesse. Les résultats de cette étude souligne l’intérêt, au quotidien, de la stimulation des patients atteints d’une démence de type Alzheimer : tous nos indicateurs convergent et montrent un important béné- ice sur l’état émotionnel des patients à la sortie des ateliers. Mais seul le groupe MUSIQUE semble conserver un bénéice de la prise en charge le lendemain de du dernier atelier, l’O.E. des patients du groupe PEINTURE retombant à des valeurs négatives. Il semblerait donc qu’il existe un bénéice spéciique à utiliser la musique comme média de stimula- tion chez ces patients. Cet avantage reste à conirmer par confrontation à d’autres types de prise en charge. Il reste à vériier la persistance des bénéices dans le temps. De plus, en raison des liens étroits entre émotion et cognition - sur les plans comportemental et neurophysiologiques - la question du re- tentissement du bénéice observé sur le fonctionnement cognitif des patients doit être posée. 10ème Réunion Francophone sur la maladie d’Alzheimer et les syndromes apparentés, 20-22 octobre 2009, Nantes