1 Romain GARNIER Université de Limoges, Institut universitaire de France (garromain@gmail.com) ITALIQUE COMMUN *né=χe=áud « JAMAIS DE LA VIE » RÉSUMÉ. — Dans l’étude qui va suivre, je propose une nouvelle étymologie du terme latin haud « ne…pas », qui est une négation archaïque et stylistiquement marquée. Elle équivaut à « j’affirme que ne…pas ». La doctrine actuelle y voit l’érosion d’un ancien neutre *hā ̆ idom « c’est faux ! » jadis employé en fonction de phrase nominale exclamative, et apparenté au v.-irl. gáu « fausseté, mensonge ». Ce rapprochement, assez médiocre pour le sens, doit être abandonné. Selon moi, il s’agit plutôt d’une ancienne négation renforcée *nĕ=haud (< it. com. *né=χe=áud « jamais de la vie »), relayée chez Plaute par le tour nĕquĕ=haud « jamais de la vie, à aucun prix ». Le second membre de la négation serait l’instrumental fossile *h 2 é-u-d du nom indo-européen de la « vie » ou de la « durée de vie ». C’est le terme i.-e. *h 2 ó-u (véd. yu-, av. anc. āiiū), dont on sait qu’il était susceptible de fournir une négation renforcée dès la période commune, selon l’étude désormais classique de COWGILL (1960), qui explique le gr. οὐ et l’arm. oč« ne…pas » par une négation renforcée *ne=h 2 ó-u=kid « jamais de la vie » (cf. got. niaiw « ne…jamais »). 1. étude descriptive du lat. haud 1.1. syntaxe du lat. haud Haud est un proclitique à polarité négative 1 , qui fonctionne comme une forme marquée de la négation classique nōn, et se trouve associé à certains verbes, formant des locutions figées telles que haud sciō an « j’ignore totalement si » et haud ignōrō « je ne suis pas sans savoir que ». Ce terme est d’emploi limité, et n’a point passé dans les langues romanes. Il est d’emploi sporadique dès la fin de la république, et ne se superpose pas à nōn en toutes circonstances, bien que son extension soit plus vaste qu’on ne se le figure. Face à la série des négations renforcées nī, nōn, nĕquĕ (< it. com. *ne, *ne=onom, *ne=ke), haud fait figure de négation « aberrante » selon SERBAT (1986 : 144), qui ne lui consacre qu’une brève note. Haud recèle un parfum d’archaïsme et de langue familière. De surcroît, c’est un terme obscur, qui ne repose pas sur la vieille négation *nĕ héritée recto itinere de l’indo- européen (cf. véd. na, got. ni < i.-e. *ne), et qui se retrouve – fossilisée – dans le verbe négatif ne-sciō « je ne sais pas ». On est accoutumé de ne voir en haud qu’une négation de mot, au lieu que nōn est une négation de phrase. La situation est plus complexe. S’il est vrai que haud affecte une prédilection pour les adjectifs (ainsi haud pulcher « très laid », haud ignārus « qui connaît parfaitement »), et surtout pour les adverbes – c’est le type haud dubiē « sans le moindre doute », haud facile « rien moins que facilement », il 1 Dans l’hypothèse ou haud s’expliquerait par l’ellipse populaire d’un plus ancien *nĕ=haud, relayé par le tour plautinien nĕquĕ=haud « jamais de la vie, à aucun prix », il faudrait admettre que le second membre de la négation renforcée *nĕ=haud possédât une valeur positive en soi, et que c’est par l’ellipse que ce terme aurait secondairement acquis une polarité négative, à l’instar de jamais, pas ou personne en français contemporain.