De ´finition d’un trouble grave du comportement chez les personnes ayant une de ´ficience intellectuelle Marc J. Tasse ´ University of South Florida Guy Sabourin Centre d’expertise de Montre ´al en troubles graves du comportement Nathalie Garcin Services de re ´adaptation l’Inte ´grale Luc Lecavalier Ohio State University Dans cette recherche, on a eu recours a ` la me ´thode Delphi pour de ´gager un consensus, parmi des experts que ´be ´cois (n = 57) du domaine de la de ´ficience intellectuelle (DI) et des troubles envahissants du de ´veloppement (TED), sur une de ´finition de « trouble du comportement » et de « trouble grave du comportement » ainsi que sur la de ´termination des facteurs de gravite ´ d’un trouble du comportement. Ces professionnels du domaine travaillaient soit dans un centre de re ´adaptation pour personnes ayant une DI ou un TED, soit dans un milieu universitaire. Deux rondes de consultation ont suffi pour obtenir un seuil d’accord d’au moins 85 % pour les deux de ´finitions ainsi que pour 14 des 15 facteurs permettant d’e ´tablir la gravite ´ d’un trouble du comportement. Les re ´sultats sont pre ´sente ´s ainsi que leur impact sur les services spe ´cialise ´s pour les personnes ayant une DI ou un TED et sur la recherche. Mots-cle ´s : trouble grave du comportement, trouble du comportement, de ´ficience intellectuelle, com- portement proble ´matique, troubles envahissants du de ´veloppement Les personnes qui pre ´sentent une de ´ficience intellectuelle (DI) sont plus susceptibles que les personnes sans DI d’avoir des comportements proble ´matiques (Dekker, Koot, Van der Ende & Verhulst, 2002; Einfeld et al., 2006; Rojahn & Tasse ´, 1996). Les grandes cate ´gories de comportements proble ´matiques sont l’agression envers autrui, l’automutilation, la destruction et autres comportements difficiles ou perturbateurs (Lowe et al., 2007). Il n’existe pas de consensus clair sur la de ´finition de « trouble du comportement » (Emerson, 2001; Thompson, McGrew & Bruininks, 1999). Plusieurs s’entendent pour dire que c’est l’interaction entre la personne et son environnement qui, souvent, de ´finit ce qui constitue un trouble du comportement (Emerson, 2001; Einfeld & Aman, 1995). Par exemple, Einfeld et Aman (1995) ont de ´fini « trouble du comportement » par sa de ´viance de la norme tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif. Le trouble du com- portement ne peut e ˆtre explique ´ uniquement par le de ´lai du de ´ve- loppement de la personne; il cause une de ´tresse importante chez les gens entourant la personne et contribue grandement aux han- dicaps de l’individu. La de ´finition de « challenging behaviour » d’Emerson (2001) est similaire a ` celle d’Einfeld et Aman, a ` laquelle s’ajoute toutefois la notion que le comportement est juge ´ proble ´matique s’il re ´sulte en un rejet par la socie ´te ´, par ex., la perte d’acce `s a ` des lieux ou a ` des activite ´s dans la communaute ´. Qureshi et Alborz (1992) ont, quant a ` eux, propose ´ une de ´finition de « trouble du comportement » qui fait re ´fe ´rence aux conse ´quences physiques, telles que des blessures a ` la personne ou des dommages mate ´riels. Ils ont par ailleurs ajoute ´ qu’un comportement est pro- ble ´matique s’il survient plus d’une fois par semaine et qu’il met la personne en danger, qu’il ne ´cessite l’intervention de plus d’une personne ou qu’il occasionne une de ´sorganisation de plus d’une heure, plus d’une fois par semaine ou de plusieurs minutes chaque jour. Les personnes ayant une DI ou un TED pre ´sentant des troubles du comportement ne ´cessitent souvent l’intervention de professionnels ou d’e ´quipes spe ´cialise ´s (Douma, Dekker & Koot, 2006; Gardner, Dosen, Griffiths & King, 2006; Ghaziuddin, 2005). De plus, la de ´- termination d’un trouble grave du comportement chez une personne ayant une DI ou un TED me `ne ge ´ne ´ralement a ` l’obtention de services Marc J. Tasse ´, University of South Florida; Guy Sabourin, Centre d’expertise de Montre ´al en troubles graves du comportement; Nathalie Garcin, Services de re ´adaptation l’Inte ´grale; Luc Lecavalier, Ohio State University. La re ´alisation de cette recherche a e ´te ´ rendue possible gra ˆce au soutien financier du Centre d’expertise de Montre ´al en troubles graves du com- portement pour les personnes ayant une de ´ficience intellectuelle ou un trouble envahissant du de ´veloppement (CEMTGC DI-TED). Nous remer- cions Marie-France Giard pour son aide dans la coordination des question- naires Delphi ainsi que pour la saisie des donne ´es. Nous tenons a ` remercier Jean Caron, Ph. D., Andre ´ Lapointe, Ph. D., et Diane Morin, Ph. D., pour leur contribution lors des travaux initiaux pour e ´tablir une de ´finition ope ´rationnelle de « trouble du comportement » et de « trouble grave du comportement » ainsi que pour la formulation des conse ´quences possibles associe ´es aux troubles graves du comportement. Nous remercions e ´gale- ment Diane Morin, Ph. D., pour ses commentaires relativement a ` une version pre ´liminaire du manuscrit. Toute demande de tire ´a ` part doit e ˆtre adresse ´e a ` : Marc J. Tasse ´, Ph. D., University of South Florida, FL Center for Inclusive Communities – UCEDD, 13301 Bruce B. Downs Boulevard – MHC 2113A, Tampa, FL USA 33612. Toute correspondance concernant le pre ´sent article doit e ˆtre adresse ´e a ` Marc J. Tasse, PhD, The Ohio State University, Nisonger Center-UCEDD, 1581 Dodd Drive, Columbus, OH 43210. Courriel : marc.tasse@ osumc.edu Canadian Journal of Behavioural Science © 2010 Canadian Psychological Association 2010, Vol. 42, No. 1, 62– 69 0008-400X/10/$12.00 DOI: 10.1037/a0016249 62