Frenay, M., Meuris, G. & van Daele, H. (2001). Le débat scolaire linguistique en Belgique : une politique d’ajustements successifs, Education Comparée, 54, 59-63. Le débat scolaire linguistique en Belgique : une politique d'ajustements successifs. Mariane Frenay, Université catholique de Louvain Georges Meuris, Université catholique de Louvain Henk Van daele, Universiteit Gent et Vrije Universiteit Brussel Il est incontestable que l'éducation et plus particulièrement l'enseignement, sont les reflets, voire les produits d'une société donnée. En Belgique, les clivages idéologiques (Eglise-État), socio- économiques (aristocratie, bourgeoisie - monde du travail), culturels et linguistiques (langue néerlandaise, française et allemande) ont fortement influencé et influencent encore la vie scolaire, tant en ce qui concerne l'organisation de l'enseignement que le fonctionnement pédagogique dans les classes. Nous retiendrons ici le problème particulier de la langue dans laquelle l'enseignement est dispensé, car de la création de la Belgique à nos jours, il est l'objet de débats qui amènent le législateur à procéder à de nombreuses réformes. Ces problèmes linguistiques qui ont souvent agité l'opinion trouvent leurs racines dans des soubassements humains profonds qui relèvent surtout des traditions et des sensibilités culturelles, du développement des régions, des tensions sociales et des affrontements politiques. 1. Premières réactions face à l'hégémonie de la langue française Jusqu'à la révolution belge, en 1830, l'enseignement élémentaire est dispensé dans la langue du peuple tandis que les classes sociales supérieures reçoivent leur formation en français, voire en latin. Après l'indépendance de la Belgique, l'article 23 de la Constitution voté le 7 février 1831 garantit la liberté des langues. Cependant, la francisation ne cesse de progresser par suite de l'attachement de l'aristocratie et de la grande bourgeoisie à la culture française, imitées par certaines couches de classes moyennes, par suite aussi de la dispersion de la langue néerlandaise en dialectes régionaux. C'est ainsi que si le néerlandais reste la langue en usage dans les écoles primaires des provinces néerlandophones, le français s'impose dans l'enseignement secondaire et supérieur, cette situation perdurant jusqu'aux années 1870. Mais, après 1870, le Vlaamse beweging (Mouvement flamand) affirme l'identité flamande et milite en faveur d'une néerlandisation du secondaire. En conséquence, le gouvernement renforce l'enseignement du néerlandais dans le réseau officiel. C'est la loi du 15 juin 1883 qui prévoit d'enseigner cinq branches en néerlandais en Flandre, quoique le français doit encore être appris afin de pouvoir accéder aux niveaux supérieurs des études. Toutefois, en vertu du principe de la liberté scolaire, garantie par la Constitution, les établissements confessionnels, par ailleurs majoritaires et presque exclusivement catholiques, ne sont pas tenus de se conformer aux prescriptions de la loi. Mais, le réseau confessionnel ne peut ignorer les décisions politiques d'autant plus qu'il est soumis aux pressions des militants flamands. On voit alors les établissements catholiques ajuster leurs stratégies en fonction de la néerlandisation, mais ceci de façon très différente selon les diocèses, les congrégations religieuses, les temps et les lieux.