REM Vol. 51, n° 201-202, 1-2/2003, pp. 269-275 « CEUX QUI AVAIENT LE PLUS ONT LE MOINS ET CEUX QUI AVAIENT LE MOINS ONT LE PLUS ». Barrage et qualité de vie au Portugal par Fabienne WATEAU * L’histoire commence en 1958 mais remonte aux années 1920, quand les premiers ingénieurs viennent repérer le terrain, mesurer les débits et estimer le fond de la rivière — se souvient Tia Rita, alors âgée de huit ans, dont le père a accompagné les techniciens auprès de la rivière. Au nom du principe de développement d’une région et d’une meilleure gestion et planification des eaux de la péninsule Ibérique, un accord bi-national est signé en 1968 par Franco et Salazar, dictateurs respectifs de l’Espagne et du Portugal. La construction d’un grand barrage en Alentejo, visant à équilibrer les ressources en eau et à permettre l’irrigation des terres arides de cette région du Portugal située au sud de Lisbonne est alors décidée ; l’eau retenue devait aussi servir à alimenter la ville de Sines, un port du littoral atlantique, et offrir au reste du pays une électricité meilleur marché. Depuis, la destination de ce grand barrage a maintes fois été réajustée : après des années de désaccord politique, de remise en question de sa pertinence (Daveau, 1977), d'avancée et de recul des travaux, le barrage d’Alqueva a finalement été construit sur la rivière Guadiana, à quelques kilomètres de l'Espagne, et servira avant tout de « réserve stratégique d’eau ». Prévu pour être le plus grand bassin de rétention d’eau d’Europe, s'étendant sur une surface de 250 km 2 (215 km 2 au Portugal, 35 km 2 en Espagne) et ________ * UMR 5045 « Mutations des territoires en Europe », Université Paul Valéry, Montpellier III.