Apprendre, produire, se conduire : le modèle au Moyen Âge, XLV e Congrès de la SHMESP, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015. De la reproduction à la réinterprétation des modèles dans l’architecture : quel usage du métal à l’époque gothique ? Maxime L’Hér itier et Arnaud Timb ert Une précédente enquête menée à la fois dans les archives comptables, mais aussi dans les expertises architecturales de la fin du Moyen Âge a mon- tré que, si trois fonctions majeures désignées comme la liaison, le ren- fort et le support pouvaient être assignées aux pièces métalliques, celles- ci n’étaient pas nécessairement exclusives 1 . Certains bâtisseurs du Moyen Âge en étaient conscients, à l’image de ceux qui, en 1404, prévoyaient de construire une partie de la nef de l’église des prêcheurs de Saint-Maximin (France, Var) cum quatuor barris ferreis bonis et sufficientibus ad grossiciem brachii unius hominis ad ligandum, sustinendum et fortificandum dicta qua- tuor pilaria per transversum 2 . Malgré cette relative ambiguïté dans la per- ception du rôle des matériaux dans l’architecture, il convient de retenir qu’ils utilisaient principalement du fer et du plomb dans la perspective de liaisonner ou de fixer des éléments lithiques. Cette liaison se justifiait- elle pour autant toujours par des considérations techniques ? Comment expliquer ces similitudes dans la mise en œuvre du métal entre des édifices éloignés et, surtout, ces différences dans des situations a priori semblables, parfois entre les parties d’un même monument ? Ces observations invitent à reconsidérer un usage purement technique de ces matériaux et à poser la question de leur place dans la conception et la diffusion des modèles architecturaux – notamment à la période du gothique rayonnant durant laquelle l’usage du fer se généralise 3 . 1. M. L’Héritier, Ph. Dillmann, A. Timbert, Ph. Bernardi, « Reinforcement, Consolidation or Commissioner’s Choice. How and Why Iron Armatures Were Used in Gothic Construction », Nuts & Bolts of Construction History: Culture, Technology and Society, éd. R. Carvais, A. Guillerme, V. Nègre, J. Sakarovitch, Paris, 2012, p. 557-564. 2. AD Bouches-du-Rhône, 351 E 664, fol. 57. 3. A. Erlande-Brandenburg, « L’architecture rayonnante et le métal », Dossiers d’archéologie, 219 (déc. 1996-janv. 1997), p. 46-53 ; L’homme et la matière. L’emploi du fer et du plomb dans l’architecture