1 Céline Doucet Edith Cowan University celine.doucet@ecu.edu.au Caractéristiques des enseignants de FLE : quels paramètres attrayants dans un processus d’apprentissage en Australie occidentale ? Il existerait une certaine attirance de la part des Australiens pour la langue française et, d’une manière générale, le français langue étrangère (désormais FLE) semble détenir un statut relativement privilégié dans les milieux éducatifs de leur pays. Considéré comme une langue de culture et de distinction internationale, le français est enseigné aussi bien dans les institutions privées comme l’Alliance française que les établissements scolaires et les universités. Du point de vue des destinataires de cet enseignement, quelles sont leurs représentations de l’enseignant de FLE ? Quelles caractéristiques de l’enseignant attirent particulièrement les apprenants dans un processus d’apprentissage du français ? Cet article présente un travail de recherche qualitative basé sur les résultats d’observables et de mon expérience en tant qu’enseignante de FLE. Des enquêtes 1 menées dans diverses structures éducatives en Australie occidentale, dans le cadre d’une thèse de doctorat 2 , ont fait émerger des éléments sur les motivations qui poussent les individus à s’engager dans l’apprentissage du FLE. Selon les publics, leurs parcours et leurs projets, c’est la question de la relation au français des enseignants (c’est-à-dire enseignant natif/non-natif) et non pas leur formation initiale qui présente un facteur important dans leur apprentissage du français. La question est de savoir d’une part, quels sont les critères de l’enseignant « natif » définis par les apprenants australiens et, d’autre part, comment s’organise la répartition des enseignants natifs et non-natifs selon les institutions éducatives. 1. Bref apercu de la formation initiale des enseignants: du français à l’étranger au français langue étrangère Dans une certaine mesure et à moindre degré, la formation des enseignants de français comme langue étrangère relève d'une longue tradition dans un premier temps centralisée en France. En 1920, est créée l'Ecole supérieure de préparation des professeurs de français à l'étranger 3 , où les enseignants recevaient une préparation de haut niveau à et pour l'étranger (Galisson & Puren, 1999). En 1945, cet organisme est devenu le ESPPFE 4 et a élargi la formation à deux puis trois années et en 1953 le CAPES 5 Lettres Modernes mention étranger est mis en place (pour être supprimé plus tard). Ces actions en matière de formation des enseignants illustraient à cette époque un certain désir de professionnaliser les enseignants de français comme langue étrangère afin d’aider à la propagation de la langue. En 1959, deux grands organismes de recherche et de diffusion du FLE, le CREDIF 6 et le BELC 7 , sont créés et prennent en charge, entre autres, l’élaboration de matériel et l’organisation de stages de formation et de perfectionnement des enseignants français et étrangers. Ces stages ont été d'abord et surtout organisés pour former les enseignants aux méthodes conçues par ces deux institutions. Par exemple, à la sortie du manuel audio-visuel Voix et images de France, élaboré par le CREDIF en 1962, des stages de formation ont été proposés par des formateurs du centre pour initier les enseignants à la méthodologie audiovisuelle et à l'usage du nouveau matériel. Contrairement aux actions de l’ESPPFE dont la priorité était la préparation de l’enseignant, l’intention de ces deux institutions inscrivaient son action dans le cadre de la méthodologie avec, entre autres, la création de manuels, de methodologies etc… Aujourd'hui, le CREDIF n'existe plus mais le BELC, le CAVILAM 8 et le CLAB 9 , par exemple, coordonnent toujours des stages d'été, notamment pour les enseignants étrangers. Au début des années 80, sous l’impulsion du ministère de l’Éducation nationale, une importante iniative fut prise afin d’améliorer les modalities d’action concernant le FLE. Les filières universitaires en didactique du FLE furent créées; la mention FLE de la licence (de Lettres modernes, des Sciences du language ou d’une Langue vivante étrangère), la maîtrise FLE puis un DEA 10 et un DESS 11 , remplacés respectivement par les Masters 1 et 2 pour lesquels un stage d'enseignement est obligatoire. Les universités prirent en quelque sorte le relais de la formation des enseignants et aujourd'hui, quasiment toutes les universités françaises proposent un cursus de FLE à leurs étudiants. L’entrée du FLE à l’université et la reconnaissance des ces diplômes nationaux connexes ont permis la reconnaissance nationale du FLE. Ce moment fort de l’institutionnalisation du FLE marqua la fin du monople du BELC et du CREDIF en matière de formation des enseignants. Le cursus de FLE est désormais ouvert à des étrangers venus étudier dans les universités françaises. Des conventions entre les universités permettent des échanges, notamment grâce au programme européen Erasmus 12 . Des étudiants étrangers détenteurs du DALF 13 peuvent ainsi s'inscrire en Licence puis en Master FLE pour