LA MARGINALITÉ SERAIT-ELLE NORMALE ? MICHEL PARAZELLI Pour la sociologie, il n'existe ni normal ni pathologique a priori, mais des actions chargées de sens et qu'il importe de comprendre, de relier au terreau social qui les voit naître, sans méconnaître la singularité de l'acteur. David Le Breton 1 L'intérêt d'associer les thématiques de l'indiscipline et de la marginalité réside non seulement dans la dimension politique de l'insoumission à un ordre normatif donné mais aussi dans l'invitation à penser la complexité actuelle des transformations du lien social. De façon générale, les manifestations de la marginalité sont appréhendées dans le registre de l'exclusion sociale où les politiques socioéconomiques néo-libérales, les contextes de pauvreté et les comportements à risque sont considérés comme les principaux points d'organisation. Dans le monde de la recherche et de la gestion urbaine, on recourt souvent aux catégories de désorganisation sociale, de nuisance, d'incivilité, d'inadaptation, de déviance et d'anomie. Les individus désignés ainsi sont représentés comme des victimes passives ou des délinquants nécessitant une intervention correctrice autour de la réinsertion ou de la rééducation bref, d'une assistance. Sans faire abstraction des difficultés et des souffrances sociales, la marge sociale peut aussi être envisagée comme ayant la potentialité d'un espace transitionnel tel que conçu par Winnicott 2 , l'espace Dans Rousseau, V. 2003. Indiscipline et marginalité. Actes du colloque. P. 67-87. Montréal : Société des arts indisciplinés.