« Comment devons-nous les nommer ? » La Croix-Rouge soviétique, le CICR et les prisonniers de guerre polonais par Jean-François Fayet ∗ Les mots ont du pouvoir et reflètent la réalité du pouvoir. Ainsi, lorsqu’en octobre 1939, l’Alliance des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (ASCRCR) — souvent appelée par commodité l’Alliance, ou la Croix-Rouge soviétique — s’inquiète auprès du Commissariat du peuple aux affaires intérieures (NKVD) 173 de savoir « comment dénommer les personnes se trouvant dans les camps sur le territoire soviétique : internés, prisonniers de guerre ou autre terminologie » 174 , il ne s’agit pas d’une obsession taxinomique de sa part, mais d’une question qui va déterminer son attitude vis-à-vis de ses ∗ Historien, Faculté des Lettres, Université de Genève. 173 Dès l’invasion de la Pologne orientale par l’URSS, le commissaire du peuple aux affaires intérieures, L. P. Beria, créa par décret la Direction pour les affaires des prisonniers de guerre du NKVD dont la direction fut confiée à P. K. Soprounenko (1908-1992). En 1942, cette structure fut rebaptisée Direction centrale des prisonniers de guerre et des internés du NKVD (GUPVI- NKVD). 174 Gosudarstvennyi Arkhiv Rossiiskoi Federatsii – Archives d’Etat de la Fédération de Russie, Moscou [désormais GARF], F.9501/5/61, Mémoire du département relations internationales de l’ASCRCR, octobre 1939, doc. 140. Tous les documents en russe ont été traduits par l’auteur.