Pierre Bruno, Lacan, passeur de Marx L’invention du symptôme, Toulouse, Éditions érès, Point Hors Ligne, 2010, 328 pages Du sujet divisé à la subjectivation capitaliste « Peut-on et si oui comment sortir du capitalisme ? » (p. 255) : le mérite de Pierre Bruno est de faire entendre tout ce que cette question a de « jeune » 1 . « Sortir du capitalisme » et non « dépasser » le capitalisme pour « entrer dans » un mode de production supérieur. Car le capitalisme n’est nullement réductible à un mode de production ou à une forme de propriété qu’il suffirait de renverser pour accomplir l’émancipation de l’humanité. Ce qui le caractérise c’est de « laisser entrevoir le mirage d’une consommation qui saturerait le désir » (p.59), c’est-à-dire l’espérance d’une jouissance par laquelle le sujet mettrait fin à sa division. C’est pourquoi, à l’encontre du « postfreudisme », l’auteur met l’accent sur l’irréductible de la différence entre « castration » et « division » : alors que la castration préserve la possibilité que ça ne manque pas, la division du sujet renvoie à une perte proprement irréversible (p. 57). Si ce point revêt une telle importance, c’est que la division est précisément « ce qui résiste au discours capitaliste », c’est-à-dire « ce que celui-ci ne peut dompter » (p. 83). Cette thèse présuppose elle-même une première thèse relative à la division du sujet, à savoir que cette division « est constituante du sujet », ce qui veut dire que « le sujet n’existe qu’à partir de sa division » (p. 45 et p. 148). Il faut donc nouer cette dernière thèse à la première pour faire apparaître tout le tranchant du propos : c’est parce que la division constitue le sujet comme sujet qu’elle est ce qui résiste au discours capitaliste. Tout le livre s’organise à partir de cette 1 Au sens précis où l’auteur parle lui-même de « jeunes questions » (p. 37). 1