Antonio Pamies Bertrán & Lei Chunyi (Grenade) L'intraduisible? Dîtes-le avec des fleurs : Botanismes figuratifs et spécificité culturelle Abstract The floral semantic field constitutes a privileged example to study the relation between cultu- ral symbols and figurative language from a cross-linguistic point of view. Following the main guidelines of the Conventional Figurative Language Theory (Dobrovol'skij/Piirainen 2005) this work compares the symbolic background of figurative motivation for three flowers : the oleander blossom in Spanish, the lotus blossom in Chinese, and the Chrysanthemum in both cultures, looking for the traces of floral semiotics in the lexicon, as well as idioms and pro- verbs. 1. Introduction Si la Théorie cognitive de la métaphore a eu le mérite de révéler les aspects psychomoteurs et sensoriels qui sous-tendent le processus figuratif (p.ex. conceptual metaphors), le mettant ainsi en rapport avec la théorie des universaux sémantiques, c'est cependant la Théorie du langage figuratif conventionnel qui a su élargir cette étude à la sémiotique des symboles culturels, plus révélateurs du côté ethno- spécifique de la création métaphorique (p.ex. symbol-based metaphors) (Dobro- vol'skij 1998 ; Dobrovol'skij/Piirainen 2005 : 87). Les deux cadres théoriques ont une conception synchronique et systématique de la motivation, dont un élément fondamental serait l'image sous-jacente ou image component, que Dobrovol'skij et Piirainen décrivent comme a conceptual bridge between what is said and what is meant, i.e., between the lexical structure and the actual meaning (2005 : 4, 80). Pour la sémiotique de Lotman (1992), la culture et la langue sont deux codes qui se superposent, et Koshlova (2009) ajoute que l'image sous-jacente dans les phrasèmes est le résultat de cette « interpénétration ». Même si les concepts de connaissance culturelle et de mémoire culturelle sont relativement subjectifs et imprécis (Zykova 2013), il n'en est pas moins évident que la compréhen- sion du discours ne peut pas être indépendante d'un vaste ensemble de connaissances intersubjectives. Selon Van Dijk (2004), common ground is the sociocognitive basis of our common sense, and is generally presupposed in public discourse, by members of all culturally competent groups (except children and members of other cultures), et cela affecte non seulement la pragmatique des actes de communication, mais aussi l'économie des systèmes linguistiques eux-mêmes. La linguistique anthropologique (p.ex. Sapir 1912) et la traductologie classique (p.ex. Nida 1964) ont déjà étudié la complémentarité et la rétroaction entre les particularités linguistiques et culturelles.