XXIIIèmes Journées d’Etude sur la Parole, Aussois, 19-23 juin 2000 449 Pression sous-glottique et débit d’air buccal des voyelles en français Fabrizio Bucella ° , Sergio Hassid + , Renaud Beeckmans ° , Alain Soquet * et Didier Demolin * ° Institut des Langues Vivantes et de Phonétique * Laboratoire de Phonologie + Hôpital Erasme Université Libre de Bruxelles Tél.: +32 2 650 20 18 - Fax: +32 2 650 20 07 E-mail: Fabrizio.Bucella@ulb.ac.be ABSTRACT According to classical view, the respiratory apparatus is a system which permits voluntary changing in intensity and maybe in the shape of the signal, but not (at least in the most known languages) as a system capable of raising the pressure for some given sounds. This paper examine variations going with different vowels and conclude that respiratory effort may be used to distinguish different sounds. Some French speakers seem to voluntary increase sub glottal pressure for some particular segments. Two subjects, one male and one female, participated to this study. We analysed different vowels productions for different controlled frequencies and different controlled intensities. We took measures of mean oral air flow (dm 3 /s) and mean sub-glottal pressure (hPa). Results showed (i) that sub- glottal pressure is lower for [a] than for [u] and for [i] ; (ii) that a vowel effect, as well for the pressure as for the oral air flow, was showed by repeated measures of analysis of variance. Obviously, the effect of the pressure reveals more complex mechanisms in the vowels production. In a first approach, this effect may be explained by three ways : (i) a difference in the air flow due to different vocal shapes ; (ii) a different respiratory control ; or (iii) a difference in the tension of the vocal folds. This last explanation seems to be an interesting track to explore for future experiments. 1. INTRODUCTION Le système respiratoire est généralement considéré comme un système permettant de produire des variations volontaires de l' intensité et peut-être de la forme du signal, mais pas (au moins dans les langues les plus connues) comme un système capable de produire des augmentations de pression pour des sons particuliers [Tit94]. Tous les changements liés à des segments individuels, comme la chute de pression après un [h] ou l' augmentation de pression accompagnant l' occlusion du [k] sont considérés comme des aspects aérodynamiques du conduit vocal, sans contrôle volontaire. Ces différences peuvent être attribuées à des variations de la résistance au passage de l' air au travers des cordes vocales en vibration (l' impédance glottique) ou à la variation de la rigidité des parois du conduit vocal. Löfqvist [Lof75], résumant les observations faites sur l' activité respiratoire pour différentes catégories d' occlusives, conclut que, à l' exception des occlusives [fortis] en Coréen, les variations de la pression sous-glottique peuvent en général être attribuées à des variations de l' impédance glottique. Ce papier examine des variations accompagnant différentes voyelles et conclut qu' il n' y a pas que les Coréens qui utilisent l' effort respiratoire pour distinguer différents sons. Des locuteurs du Français semblent utiliser un accroissement volontaire de la pression sous- glottique pour des segments particuliers. La relation entre pression sous-glottique et intensité des voyelles tenues du français a déjà fait l’objet d’une première analyse [Lec98a, Lec98b]. Une discussion plus détaillée sur la différence entre intensité produite et intensité perçue est donnée par la théorie des intensités spécifiques des voyelles [Ros71, Ros81 et Mar79] : des voyelles prononcées avec un effort constant et jugées comme isotoniques ne présentent pas la même intensité objective. 2. MATERIEL ET METHODE Deux sujets ont participé à cette étude. Un sujet francophone masculin de 43 ans, un sujet francophone féminin de 29 ans. Les enregistrements ont lieu à l’unité ORL de l’hôpital Erasme, Université de Bruxelles. Les deux sujets ne présentaient aucune pathologie du larynx et n’étaient pas entraînés pour la tâche. La pression sous-glottique (psg), la pression intra-orale (pio), le débit d’air nasal (dan), le débit d’air buccal (dab) et le signal de parole ont été enregistrés simultanément au moyen de la procédure suivante. Un tube flexible en caoutchouc (2 mm de diamètre interne) est introduit à travers la cavité nasale jusqu’à l’oropharynx pour la mesure de pression intra-orale. Une aiguille (2 mm de diamètre interne) est introduite dans la trachée après anesthésie locale (2% Xylocaine). Un tube de même type que le tube utilisé pour la pression intra-orale est connecté à l’aiguille. Le débit d’air buccal est mesuré avec un masque flexible en silicone. Le débit d’air nasal est mesuré au moyen d’une olive en silicone introduite dans la narine et reliée à un tube en plastique de 0.5 cm de diamètre. Tous les tubes et le masques sont reliés au