J Radiol 2006;87:1821-30
© Éditions Françaises de Radiologie, Paris, 2006
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mise au point digestif
Bilan pré opératoire des cancers du rectum
en IRM pelvienne haute résolution avec antenne
en réseau phasé
C Hoeffel (1, 2), MD Marra (2), L Azizi (2), K Tran Van (2), MD Crema (2), M Lewin (2),
L Arrivé (2) et JM Tubiana (2)
Introduction
Le rôle, l’intérêt et la place de l’imagerie
dans le bilan préopératoire du cancer du
rectum, et notamment ceux de l’IRM pel-
vienne haute résolution, ont beaucoup
évolué ces deux dernières décennies en
raison des progrès des techniques d’ima-
gerie mais aussi et surtout des techniques
chirurgicales. Les principaux enjeux du
traitement du cancer du rectum sont de
diminuer le risque de récidive locale et de
préserver le plus possible les fonctions
sphinctériennes rectale et génito-urinaire.
L’évolution des options de traitement chi-
rurgical repose sur trois données princi-
pales :
• Les travaux de Heald (1) ont montré
qu’il faut réaliser une exérèse totale du
mésorectum en cas de cancer du rectum
sous péritonéal puisque des dépôts tumo-
raux sont présents dans 20 % des cas jus-
qu’à 4 cm sous la tumeur. Elle permet
d’abaisser à moins de 10 % le taux de réci-
dive locale (contre 20 % lors des techni-
ques chirurgicales classiques).
• Des études randomisées (2, 3) ont mon-
tré que la radiothérapie préopératoire est
efficace pour diminuer le taux de récidi-
ve, mais ceci avec une morbidité non né-
gligeable qui impose de bien choisir les
indications et de savoir identifier en préo-
pératoire les patients à risque plus ou moins
élevé de récidive locale, le but étant de
sélectionner de manière fiable en préopé-
ratoire les patients à très faible risque
pour leur éviter une radiothérapie super-
flue.
• La marge de sécurité à respecter en
distalité sous la tumeur, a été réappréciée,
avec pour corollaire une augmentation
significative du taux des conservations
sphinctériennes. En effet, si une extension
tumorale est possible, elle se fait rarement
sur une longueur de plus de 1 cm (4).
Dans cet article, nous envisagerons, après
un bref rappel d’anatomie et de thérapeu-
tique, la technique de l’IRM pelvienne en
haute résolution avec antenne en réseau
phasé, les questions auxquelles l’imagerie
et plus particulièrement l’IRM doivent
répondre lors d’un premier bilan préopé-
ratoire de cancer du rectum, et enfin la
place de l’IRM au sein de l’arsenal d’exa-
mens d’imagerie dont nous disposons
aujourd’hui.
Anatomie
et anatomopathologie
Anatomie
Le rectum mesure de 12 à 15 cm. On le
divise en trois segments : le haut rectum
Abstract Résumé
External phased-array MR imaging preoperative assessment of rectal
cancer
J Radiol 2006;87:1821-30
The main problem associated with rectal cancer treatment is tumor
recurrence. Randomized controlled studies have shown that adjuvant
preoperative radiation therapy is effective for reducing local recur-
rence. These studies have also demonstrated that there are groups of
rectal cancer patients with differing degrees of risk for local recurrence.
At one end of the spectrum is the low-risk group: patients with super-
ficial rectal cancer, who can be treated with surgery alone. At the other
end is the high-risk group: patients with a close or involved resection
margin at total mesorectal excision, the very advanced tumors that
require a longer course of chemotherapy and radiation therapy, and
extensive surgery. Paramount for this selection and differentiated
treatment is a reliable preoperative test that can be used to distinguish
these groups of patients. In this review article, we will discuss the role of
high-resolution phased array MRI among the other imaging modalities
such as endorectal MRI, endorectal US, and CT. We will also discuss
and illustrate MR imaging results in terms of T stage, circumferential
resection margin, locally advanced rectal cancer, and N stage.
Le pronostic du cancer rectal est essentiellement lié au risque de
récidive locale après chirurgie. Il a été montré, lors d’essais rando-
misés, que le meilleur contrôle local de la tumeur est assuré par de la
radiothérapie suivie de la chirurgie. Le bilan initial par imagerie
déterminera si un traitement néo-adjuvant est nécessaire. Il existe en
effet des patients à risque de récidive locale différents avec aux deux
extrêmes, ceux qui ont une tumeur superficielle ne nécessitant pas de
radiothérapie et ceux qui ont une tumeur proche du fascia recti ou
l’envahissant, voire une extension aux organes de voisinage, qui
nécessitent une radiothérapie longue et une chirurgie extensive.
L’intérêt de l’IRM pelvienne avec antenne en réseau phasé paraît
actuellement dominant et complémentaire du rôle de l’échoendos-
copie. Nous envisageons le rôle et la place de l’IRM pelvienne dans le
bilan pré opératoire d’un cancer du rectum, ainsi que ses résultats
pour le staging T, N et pour la mesure de la masse circonférentielle
radiaire.
Key words: Rectum. Neoplasms. Magnetic resonance imaging. Mots-clés : Rectum. Tumeurs. Imagerie par résonance magnétique.
(1) Université Paris-Descartes, Faculté de médecine Co-
chin-Port-Royal, 24 rue du Faubourg St-Jacques, 75014
Paris. (2) Service de Radiologie, Hôpital Saint-Antoine,
184 rue du Faubourg St-Antoine, 75571 Paris cedex 12.
Correspondance : C Hoeffel
E-mail : christine.hoeffel@sat.ap-hop-paris.fr