Urbanités Chine–Octobre2013–Entretien HongKong, unevilledecinéma EntretienavecNashidilRouia ï Nashidil Rouiaï est doctorante à l’Université Paris IV, au sein du laboratoire ENeC. Ses recherches sont axées sur l’image que la Chine nous renvoie d’elle même à travers son cinéma et sur l’impact que ces représentations peuvent avoir sur son soft power. Son travail est donc à mi-chemin entre la géographie culturelle et la géopolitique. Quelle est la présence réelle de l’industrie cinématographique dans la ville de Hong Kong ? Le cinéma ne s’incarne pas dans un quartier à Hong Kong, contrairement à Hollywood à Los Angeles. A l’origine, les studios de cinéma chinois étaient à Canton et à Shanghai. Les professionnels du cinéma sont venus – pour des raisons politiques et historiques lors des vagues de migration 1 – à Hong Kong qui était une enclave britannique préservée où la liberté d’expression existait encore. Surtout, pour les studios de Canton, Hong Kong permettait de continuer à faire du cinéma en cantonais, alors que le pouvoir chinois imposait le mandarin. Pour autant, ils ne se sont pas installés dans un quartier particulier. Ils se sont répartis dans tout l’espace urbain. Il y a de grands studios de cinéma comme la Shaw Brothers, qui est le studio mythique de Hong Kong, mais il n’y a pas d’ancrage urbain particulier de l’industrie du cinéma. C’est avant tout dû à un manque de place. Sur l’île de Hong Kong, il n’y a pas assez d’espace et de fait les studios sont excentrés. Ils sont sur le continent ou dans les nouveaux territoires. Hong Kong est constitué de l’île de Hong Kong, de Kowloon en face sur le continent et des Nouveaux Territoires, plus excentrés. Les studios ne sont donc pas dans la ville centre, ils ne font pas partie du quotidien des habitants. Comment le contexte hongkongais influence le cinéma, notamment le contexte politique ? Lors des vagues de migrations vers Hong Kong, il y a eu un arrachement de Shanghai. Ces migrants sont arrivés à Hong Kong pour des raisons qui les dépassaient. Au départ, le cinéma hongkongais ne met pas en scène la ville, mais plutôt la nostalgie de la mère-patrie donc de la Chine. Hong Kong ne servait pas de cadre à l’action. Les décors sont des décors de studio où l’on pouvait recréer des forêts de bambous par exemple. Hong Kong était complètement éludée. Au milieu des années 1980, avec le cinéma d’auteurs et notamment Wong Kar-Wai, Hong Kong revient au centre de l’action. Ce sont des cinéastes qui ont soit grandi à Hong Kong comme Wong Kar-Wai qui est né à Shanghai, soit qui sont nés sur l’île. La ville devient donc un cadre pour le cinéma, d’abord à travers des polars puis des films d’auteurs. L’image de la ville devient 1 En 1937, prise de Shanghai par les Japonais, vague de cinéastes et de professionnels qui quittent ce qui est alors la capitale du cinéma chinois vers le seul endroit encore à l’abri de l’invasion nippone, l’île britannique de Hong Kong. Ensuite, il y a des vagues successives de migrants fuyant la guerre civile (1927-1950), la victoire communiste (1949) et la Révolution Culturelle à partir de 1966.