La normativité de l’engagement et de la familiarité Laurent Thévenot L’Action au pluriel Sociologie des régimes d’engagement } Paris, La Découverte, 2006, 312 p. L’ouvrage de Laurent Thévenot témoigne de l’effort engagé depuis une vingtaine d’années en sciences sociales pour transformer les cadres de l’analyse de l’action. Tradi- tionnellement, cette analyse a procédé à une double réduc- tion : elle a considéré qu’agir c’est décider, et que la rationalité de l’action est une affaire d’enchaînement cohérent de motifs et d’actes ; elle a rapporté les déterminations de l’action à des états, des qualités, des propriétés stables des acteurs (des préférences, des intérêts, des dispositions) ou à des logiques d’action. De ce fait, il existe à proprement parler très peu de sociologies de l’action, les sociologues ayant, le plus souvent, omis d’observer et d’analyser l’agir lui-même, c’est-à-dire l’organisation, en situation, de procès sériels et séquentiels, orientés et contrôlés, destinés à faire advenir, par des inter- ventions sur un matériau et des conditions environnantes, des états de choses désirés, ou à empêcher qu’adviennent des états de choses redoutés. Pour mériter son nom, une socio- logie de l’action doit pouvoir rendre compte de tels procès, en les appréhendant du point de vue interne de leur effectuation. Ce qui exige de faire porter l’enquête sur les différentes sortes d’opérations effectuées, sur les contraintes impliquées et sur les méthodes et les procédures mises en œuvre. L’ouvrage de Laurent Thévenot honore en grande partie ce programme. Il est consacré à une « enquête sur les cadres