Bourgoin – Choisy, si loin, si proches 1 Bourgoin — Choisy, si loin, si proches Jean-Philippe Garric Aussi singulier soit-il dans ses curiosités et son obstination, Jules Bourgoin n’est ni autonome vis-à-vis de son époque, ni entièrement étranger à ses contempo- rains. Comprendre sa pensée et ses propositions suppose d’entrer dans le cercle herméneutique de ses raisonnements et de ses démonstrations, mais pour éva- luer la spéciicité de sa démarche et la façon dont elle s’inscrit dans la produc- tion imprimée de la in du XIX e  siècle, il faut risquer des rapprochements. À qui cependant comparer Jules Bourgoin, qui lui ressemble assez pour justiier un parallèle et faire que les écarts, ou les oppositions, nous en apprennent autant que les similitudes ? Le couple inédit que je propose ici ne peut se justiier par des liens historiques 1 . Bourgoin et Choisy ne sont ni condisciples, ni compagnons de route, ni directe- ment impliqués dans les mêmes débats, ni même publiés chez les mêmes édi- teurs (ig. 1 et 2). Il est cependant avéré qu’ils connaissaient leurs publications réciproques : Choisy consultait les publications de Bourgoin pour les questions d’ornement et Choisy igure dans une liste d’envois pour l’un des ouvrages de Bourgoin 2 . Néanmoins leurs centres d’intérêt et leurs approches n’étaient pas les mêmes et rien ne permet de supposer qu’il y eut entre eux des échanges ou des interactions. Aujourd’hui encore, leurs travaux continuent de susciter l’intérêt de deux communautés assez peu connectées l’une à l’autre : d’une part celle des historiens de l’architecture du Mouvement moderne et plus récemment celle des historiens de la construction, qui pour certains d’entre eux voient en Choisy le père fondateur de leur domaine d’études, d’autre part celle des historiens de l’or- nement et de l’orientalisme, engagés depuis quelques années dans un processus de redécouverte de l’œuvre de Jules Bourgoin. Mon hypothèse découle d’une question simple et de l’évidence d’une certaine isomorphie entre les deux théoriciens. La question concerne de possibles carac- tères communs, en matière de théorie et de livre d’architecture, aux productions du derniers tiers du XIX e  siècle. Car, si l’on commence à bien connaître les deux premières générations d’auteurs publiant au lendemain de la Révolution fran- çaise et jusque dans les années 1830, si la période s’ouvrant en 1840 avec l’éclo- sion des premières grandes revues à planches, puis l’œuvre imprimée d’Eugène