Tsanga R., Assembe Mvondo S., Lescuyer G., Eba’a Atyi R., Béligné V., 2013. Gestion décentralisée des ressources forestières : revue des initiatives de foresterie communale dans les pays membrs de la COMIFAC. In « Les politiques de décentralisation au Cameroun », Fondation Paul Ango Ela, L’Harmattan, Yaoundé, Cameroun, 227-243 1 LA GOUVERNANCE DES RESSOURCES FORESTIERES PAR LES COLLECTIVITES TERRITORIALES EN AFRIQUE CENTRALE : ETAT DES LIEUX ET OPPORTUNITES Raphael Tsanga 1 , Samuel Assembe-Mvondo 1 , Guillaume Lescuyer 1&2 , Richard Eba’a Atyi 1 et Vincent Beligné 2 1 Center for International Forestry Research (CIFOR) 2 Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) Introduction La foresterie communale constitue l’une des options qui structure la gestion forestière en Afrique centrale. Le relatif échec de la foresterie communautaire et la désillusion de l’impact des revenus forestiers décentralisés sur le bien-être des populations locales (Oyono et Efoua, 2006 ; Ezzine De Blas et al, 2008 ; Bigombé Logo, 2010 ; Cerutti et al., 2010 ; Beauchamp et Ingram, 2011) ont réorienté le discours des partenaires au développement et de la société civile internationale vers la foresterie décentralisée, perçue comme une opportunité pour une gouvernance environnementale améliorée et le gage de la participation effective des populations locales à la gestion des ressources forestières (Assembé-Mvondo, 2005 ; Abouem à Tchoyi et al, 2007 ; Zülsdorf et al., 2008). Le discours sur la foresterie décentralisée est séduisant non seulement en raison des opportunités qu’elle ouvre pour le développement local, mais surtout parce que la conjoncture internationale et les dynamiques sous régionales s’y prêtent au regard du discours global sur le changement climatique et le rôle que les collectivités publiques infra-étatiques pourraient jouer dans la mise en oeuvre du processus REDD+ (German, et al, 2010 ; Dkamela, 2011 ; Cuny, 2011). De manière schématique, la décentralisation est un acte de conversion des catégories d’actions, acte établi par un acteur principal ayant au préalable fonctionné sur le mode de la centralisation desdites catégories d’actions. La réalité que recouvre le concept de décentralisation dans le cadre du présent chapitre a trait aux relations entre l’Etat central et les collectivités publiques décentralisées. Dans cette perspective, la décentralisation apparaît comme un contrepoids à la toute-puissance de l’Etat central. Selon la théorie de l’Etat moderne (Viola, 2002), la décentralisation ne serait qu’une manière d’être de l’Etat ; les collectivités territoriales ne sont que des incarnations multiples de l’Etat central. Selon Roig (1966), le concept de décentralisation renvoie à un phénomène général de répartition ou de distribution des compétences et des pouvoirs entre un organe central ou national et des organes périphériques. Le concept ainsi envisagé ne s’oppose pas au caractère unitaire de l’Etat et ne remet nullement en cause la souveraineté. Sous sa forme démocratique ou politique, la décentralisation suppose l’existence effective de contre-pouvoirs régionaux et locaux (Ribot, 2010). C’est une démocratisation des rapports entre le niveau central et le niveau local (Oyugi, 1993). La mise en pratique de ces dynamiques reposerait alors sur les principes éthiques, sociaux, politiques et matériels de la démocratie (Berezin, 1999). Appliquée à la gestion des ressources naturelles, la théorie de l’action