Lapereaux de la naissance au sevrage : quels outils pour des lapereaux plus robustes ? S. COMBES 1 , T. GIDENNE 1 , S. BOUCHER 2 , L. FORTUN-LAMOTHE 1 , G. BOLET 3 , G. COUREAUD 4 1 INRA, INP-ENSAT, INP-ENVT UMR1289 TANDEM, F-31326 Castanet-Tolosan, France 2 LABOVET CONSEIL (Réseau Cristal) – BP 539, 85505 LES HERBIERS cedex, France 3 INRA, Station d’Amélioration Génétique des Animaux, F-31326 Castanet-Tolosan, France 4 Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation, UMR 6265 CNRS, 1324 INRA, Université de Bourgogne, 21000 Dijon, France *Sylvie.Combes@toulouse.inra.fr Résumé: L’objectif de cette synthèse, centrée sur le lapereau de la naissance au sevrage, est de faire un constat de ses vulnérabilités, de présenter les outils physiologiques et comportementaux dont il dispose pour pallier en partie ces difficultés et enfin de proposer des pratiques d’élevage et des pistes de recherches pour sécuriser la période du sevrage. Le lapereau nait nu, incapable d’assurer une thermorégulation autonome suffisante et il n’est qu’en partie mature sur les plans sensoriel, physiologique et moteur. Ses interactions avec sa mère sont limitées (une tétée par jour). L’alimentation solide débute lorsque les lapereaux sont capables de quitter le nid ; ils accèdent alors au même aliment que leur mère bien qu’ils n’ont pas les mêmes besoins. Certaines maladies rencontrées au nid peuvent être dues à des conditions d’élevage inadéquates. Pourtant cette espèce a développé des adaptations physiologiques et comportementales qui permettent d’assurer la survie des jeunes. L’existence d’une phéromone mammaire, le comportement coprophage au nid, la dynamique de maturation du système digestif sont autant d’atouts qui contribuent à la robustesse des lapereaux. Les leviers d’action potentiellement favorables concernent des pratiques d’élevage (manipulations des nids, homogénéisation des tailles et poids de portée, allaitement contrôlé) et l’utilisation d’animaux sélectionnés pour l’homogénéité des portées ou des stratégies d’alimentation (alimentation séparée mère jeune, alimentation précoce). Abstract – Rabbits from birth to weaning: what tools for more robust rabbits? This review focuses on the young rabbit from birth to weaning, is to point out its physiological vulnerability, and presents physiological and behavioral tools that overcome partly these difficulties and finally to propose breeding practices and direction of research to secure the weaning period. Newborn rabbits are naked, unable to provide adequate self- thermoregulation and are only partly mature in sensory, physiological and motor terms. Interactions with the mother are limited to one suckling per day. The solid feed ingestion begins when the rabbits are able to leave the nest, they access the same food as their mother although they do not have the same nutritional requirments. Deaseses encountered in the nest might be related to inadequate husbandry practices. Yet there are physiological and behavioral adaptations that ensure the survival of the offspring. The response to the mammary pheromone, coprophagia behavior in the nest and maturity of the digestive system are all assets contributing to the survival of the young rabbits. Husbandry practices potentially favorable to the young survival concern nest manipulation, homogenization of sizes and weights of litters, controlled nursing. Nutrition could be an effective tool that can be declined to better meet the needs of the young rabbits (separate young mother feeding, early feeding) Introduction La filière cunicole, à l’instar des autres filières, est confrontée à l'envolée des prix des matières premières, conjugué à un déséquilibre entre l'offre et la demande. Face à ce contexte difficile, l’évolution des formules alimentaires, la technicité croissante des éleveurs, l’amélioration des techniques d'élevage et le rationnement en particulier concourent à de meilleures performances d’élevage, plus particulièrement une meilleure conversion alimentaire. En dépit de ces progrès, le contexte de l’entérocolite épizootique du lapin (EEL) et la prégnance des pathologies digestives conduisent à une consommation de médicaments qui représente un coût important pour l'éleveur sans omettre l’aspect négatif pour le consommateur et la santé humaine (antibiorésistance). Les plus forts taux de mortalité et de morbidité sont souvent observés dans les deux à trois semaines qui suivent le sevrage (Peeters et al., 1984; Licois et Marlier, 2008). Lors d'expérimentations multi-sites, on peut observer une mortalité de 10 à 11% entre 5 et 8 semaine d'âge, contre 6% entre 8 et 11 semaines. (Gidenne et al., 2003). Il semble donc nécessaire de réfléchir aux outils disponibles pour favoriser la robustesse des lapereaux au moment du sevrage. La robustesse peut être définie comme la capacité d’un animal à s’adapter aux perturbations de son environnement (Sauvant et Martin, 2010). La première grande perturbation à laquelle un jeune mammifère doit faire face est la naissance. Le passage de la vie fœtale intra utérine en milieu thermorégulé à l’existence autonome est un énorme challenge. La robustesse des lapereaux au moment de la naissance 15èmes Journées de la Recherche Cunicole, 19-20 novembre 2013, Le Mans, France 63