129 Le rôle de la langue luxembourgeoise dans les pratiques linguistiques des frontaliers au Luxembourg Anne FRANZISKUS, Julia DE BRES Introduction Quand il en va de la question des compétences linguistiques des frontaliers au Luxembourg, les stéréotypes ne se font pas attendre. « Les frontaliers ne font pas assez d’efforts pour apprendre le luxembourgeois », « Les frontaliers français ne respectent pas notre identité linguistique », « J’en ai marre de devoir parler français dans les magasins, je veux pouvoir acheter mon croissant en luxembourgeois » – bien que ces commentaires soient inventés de toutes pièces, ils relètent assez bien les propos qui nourrissent depuis quelques années les discours publics luxembourgeois. Lettres aux éditeurs, forums sur internet, groupes « facebook », etc., critiquent (l’apparent) manque d’intégration linguistique du frontalier et projettent une image du frontalier mal-aimé comme constituant une menace pour le multilinguisme traditionnel du Grand-Duché et surtout la place de la langue luxembourgeoise 1 . Ce sont avant tout les frontaliers francophones qui sont la cible de ces propos. Ceci est lié particulièrement à deux facteurs : d’un, la majorité des quelques 153 000 frontaliers travaillant au Luxembourg sont originaires de France ( 49,4 % ) et de Belgique francophone ( 25,4 % ). La deuxième raison est liée 1. Voir la contribution de Christian Wille « Nous et les autres : La perception des travailleurs frontaliers au Luxembourg » dans cet ouvrage.