Prépublication à paraître dans Leibniz et Hobbes, éd. par É. Marquer et P. Rateau, Montréal/Paris, PUM/Vrin, à paraitre L’objection leibnizienne au conventionnalisme de Hobbes Christian Leduc Université de Montréal On sait l’importance que Hobbes a eue sur le développement de la pensée du jeune Leibniz. Mais assez rapidement, dès le début des années 1670, on passe toutefois chez Leibniz d’une forme d’estime et de reprise théorique à une opposition de plus en plus tranchée et à caractère réfutatif. L’une des objections les plus connues, outre celles qui concernent le nécessitarisme et le matérialisme de Hobbes – et sans compter celles qu’il lui adresse en philosophie morale et politique – vise sa position nominaliste 1 . Les commentateurs se sont depuis longtemps penchés sur cette question: la plupart s’en sont servi pour évaluer la position de Leibniz lui-même et le rapport à celles de ses contemporains, notamment Locke puisque la question du nominalisme est reprise dans les Nouveaux Essais sur l’entendement humain 2 . Louis Couturat est l’un des premiers à s’y attarder pour bien marquer la distance entre les deux théories de la signification et de la vérité 3 . Plus récemment, Benson Mates, Massimo Mugnai et Jean- Baptiste Rauzy ont également examiné la question, mais toujours pour déterminer le niveau d’appartenance de Leibniz à la tradition nominaliste 4 . Or, assez peu ont tenté d’analyser jusqu’à quel point tient l’accusation de Leibniz selon laquelle Hobbes maintiendrait un nominalisme radical ou extrême, un plusquam nominalis, et s’il n’est pas envisageable de minimiser la distance qui sépare les deux doctrines. À l’exception de la contribution de Wolfgang Hübener, qui soutient que Hobbes serait plutôt un conceptualiste à la manière de Leibniz – et que celui-ci a 1 Leibniz dresse succinctement la liste des reproches qu’il fait à Hobbes dans les Elementa rationis, son nominalisme certes, mais aussi son matérialisme et sa doctrine du droit naturel : A, VI, 4, p. 724. 2 Jones, J.-E., « Leibniz and Locke and the Debate over Species », in Leibniz selon les ‘Nouveaux Essais sur l’entendement humain’, éd. par F. Duchesneau et J. Griard, Montréal/Paris, Bellarmin/Vrin, 2006, p. 141-152 ; Look, B., « Leibniz and Locke on Natural Kinds », in Branching Off : the Early Moderns in Quest for the Unity of Knowledge, ed. by V. Alexandrescu, Bucharest, Zeta Books, 2009, p. 380-409 ; Smith, J. E. H., Divine Machines. Leibniz and the Sciences of Life, Princeton University Press, 2011, p. 236-274. 3 Couturat, L. La logique de Leibniz, Hildesheim, Olms, 1961, p. 186-188. 4 Mates, B, The Philosophy of Leibniz. Metaphysics and Language, Oxford University Press, 1986, p. 170-183 ; Rauzy, « An Attempt to Evaluate Leibniz’s Nominalism », in Metaphysica, 1, 2004, p. 43-58.