PENSER DEVANT LES DOCTEURS : HEIDEGGER À ZOLLIKON Cristian Ciocan 1. – Le «devant-qui» de la pensée Dans le titre de ce volume résonne une question heideggérienne fondamentale : « Was heißt denken? » – « u appelle-t-on pen- ser ? ». À cette question ajoutons-en une autre : pour trouver sa vérité, la pensée doit-elle toujours rester orientée sur elle-même, en se répétant elle-même et en se découvrant devant elle-même dans une circularité plus ou moins solipsiste ? Ne faut-il pas, au contraire, que la pensée se dépasse elle-même, qu elle s abandonne dans ce qu elle n est pas, qu elle fasse détour sous des horizons qui lui sont étrangers ? Car penser, c est aussi penser-devant et lon ne peut ignorer que penser se révèle essentiellement une activité dialogique, fût-ce silencieusement. Or, le «devant-qui» de la pensée détermine toujours la trajectoire de la pensée même en lui ouvrant des enjeux parfois inattendus. Cest en ce sens que nous voudrions approcher dans cette étude les Zollikoner Seminare 1 . Notre question sera donc : comment le devant-qui que lon découre dans ces séminaires congure-t-il la pensée qui s y déploie ? Comment penser, en philosophe, devant les docteurs, c est-à-dire ici devant les médecins ? Avec les Zollikoner Seminare en eet, Heidegger s adresse expli- citement, en tant que philosophe, à des personnes qui se situent 1 Cf. GA 89/Zollikoner Seminare. Protokolle, Zwiegespräche, Briefe, Francfort-sur-le-Main, Klostermann, 1987, 1994², 2006 3 .