Figement et configuration textuelle : les segments de discours répétés dans les rapports éducatifs Georgeta Cislaru, Frédérique Sitri & Frédéric Pugnière-Saavedra Université Sorbonne nouvelle, Université Paris Ouest Nanterre La Défense & Université de Bretagne Sud Résumé Cet article vise à montrer comment les segments de discours répétés (SDR) participent à la configuration textuelle d’écrits professionnels d’un type particulier : les rapports éducatifs. Portant sur un corpus de « brouillons » constitué des différentes versions de rapports, notre étude allie une approche textométrique permettant le répérage de séquences ou de « formats » récurrents (/Dét. poss. + N, discours + Modifieur/, SDR prépositionnels), et une approche génétique observant les réécritures affectant ces séquences, dans une perspective d’analyse de discours qui vise à rendre compte des contraintes diverses – visée pragmatique du genre, pratiques sociales, filiations interdiscursives – intervenant dans le processus d’écriture. Seront ainsi mis en évidence des routines discursives et des récurrences participant au profil sémantique des rapports éducatifs. Mots clés : Segments de discours répétés, textométrie, génétique textuelle, analyse de discours, écrits professionnels, routines discursives 1. Introduction Notre étude propose un regard génétique sur deux principes fondamentaux de la cohésion textuelle – la cooccurrence (Halliday & Hasan 1976) et la répétition (Hoey 1991) – appréhendés du point de vue de l’analyse de discours. Suivant Lafon & Salem (1983) ou Salem (1986), nous choisissons d’appréhender la cooccurrence sous l’angle « des couples de formes fonctionnant presqu’exclusivement à l’intérieur d’expressions figées » (Lafon & Salem 1983 : 162), définition qui identifie une sous-classe particulière de collocations, les segments de discours répétés (désormais SDR). Ce faisant, nous mettrons également à profit les notions développées du côté de la linguistique de corpus anglo-saxonne, qui, à la suite de Sinclair (1991) montre que les productions langagières, qu’elles soient écrites ou orales, sont constituées pour un peu plus de la moitié de séquences préfabriquées, suivant un « principe d’idiomaticité » (cf. Erman & Warren 2000 ; Kuiper 2009). Travaillant sur un corpus d’écrits professionnels – des rapports éducatifs produits dans le cadre de la protection de l’enfance – nous formulons l’hypothèse selon laquelle l’écriture de ces discours convoque des routines langagières renvoyant , au-delà de l’idiomaticité propre à toute production langagière, aux spécificités d’un genre (le rapport éducatif) ou plus largement d’un discours professionnel, et, éventuellement, à