1 Processus d’intégration des communautés immigrées turques en région semi- urbaine en Wallonie Julien Bolland, Etienne Dewandeler et Altay Manço (IRFAM) 1. Introduction et présentation des contextes d’étude L’intégration de migrants dans les zones peu urbanisées des pays occidentaux est un sujet rarement étudié. Pourtant, on sait de longue date qu’une immigration existe dans les régions agricoles de l’Europe. Ainsi, des monographies ont déjà relaté la présence et le devenir de groupes de migrants maghrébins ou turcs, par exemple, en Dordogne, en Bourgogne, dans le Limousin et dans la région Rhône-Alpes. En Suisse, la présence d’immigrants en zone rurale fut liée au travail agricole saisonnier, parfois exécuté par des travailleurs frontaliers italiens. Si, en Belgique, un travail arboricole et horticole saisonnier implique aussi la communauté turque, africaine subsaharienne et marocaine immigrée dans les villes flamandes ou en Wallonie, les travaux de géographes sociaux montrent la présence stabilisée de communautés turques et palestiniennes dans différentes localités des Ardennes où existe une production forestière ou des carrières. Selon le rapport Dumont sur la régionalisation de l’immigration au Québec (1991), il n’existe pas véritablement de modèles à travers le monde occidental en matière de bonne dispersion de l’immigration dans les régions, en revanche la Belgique semble présenter une diffusion équilibrée de ses immigrants sur l’ensemble de son territoire. Ainsi, la présence d’investisseurs chinois ou turcs est appréciée dans les différentes localités car elle permet de dynamiser le secteur de la restauration, par exemple. Ceci est relayé par la présence de plusieurs centres d’accueil de réfugiés installés dans de petites localités wallonnes, dans la partie francophone du pays : dès 1999 d’importants groupes de réfugiés ont ainsi été accueillis dans des communes du sud du pays peu habituées à l’intégration de publics d’origine étrangère, comme le cas des Albanais à Huy, à Statte, etc. D’après S. Gsir de l’Université de Liège, la dispersion des réfugiés dans des centres d’accueil et villages ne va pas toujours sans mal. Les cas les plus positifs correspondent en général à des localités qui ne se sont pas opposées à l’installation d’un centre sur leur territoire, les réfugiés les plus récents, arrivant à peine de contrées en guerre dont on parle encore dans les médias étant les mieux accueillis. L’accueil réservé par la population aux réfugiés dépend encore de la taille de la localité et de la capacité du centre en termes de lits. Il est très difficile de concilier les centres de réfugiés et les habitants des villages environnant si le centre exerce un effet à la baisse sur le prix des maisons, d’autant plus qu’à la différence d’autres pays, les villages belges ne se vident pas de leur population bénéficiant de l’étendue modeste du pays, ainsi que de la densité de ses réseaux de routes … Par ailleurs, certains villages dont la paroisse et/ou la vie associative sont particulièrement vivaces se montrent également plus accueillants selon Gsir. Si le mode