J Radiol 2007;88:1733-5
© Éditions Françaises de Radiologie, Paris, 2007
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corrélation anatomoradiologique
Keratokyste odontogénique
G Goyault (1), T Moser (1), JC Lutz (2), A Neuville (3), X Buy (1), R Freitas (1), C Roy (1) et A Gangi (1)
Observation
Il s’agit d’un patient de 20 ans adressé par son dentiste pour
une cellulite aiguë de la joue gauche. Il a comme antécédent
une leucémie aiguë à l’âge de 2 ans traitée par chimiothérapie
et radiothérapie du névraxe. Il présente des douleurs géniennes
avec irradiation cervicale. L’examen clinique montre un œdème
de l’hémiface gauche, une exophtalmie gauche, une limitation
de l’ouverture buccale et un écoulement spontané de pus en
regard de la 27. L’orthopantomogramme (OTP) montre une
géode monofocale à la place de la 28 qui est refoulée dans la
partie supérieure du sinus maxillaire dont les contours sont
soufflés (fig. 1a). Le scanner du massif facial réalisé en urgence
objective une volumineuse formation kystique occupant la
totalité du sinus maxillaire gauche et s’étendant à l’ensemble
des cellules ethmoïdales gauches jusque dans le sinus sphénoïdal
en arrière et les cavités nasales en dedans. Cette lésion repousse vers
le haut le plancher orbitaire et souffle les parois antérieure et latérale
du sinus maxillaire. Elle présente un contenu de densité liqui-
dienne entourant la 28 refoulée dans la partie postéro médiale
du sinus. Les parties molles apparaissent discrètement épaissies
(fig. 1b à 1c).
Le patient bénéficie le lendemain d’une intervention de type
Caldwell-Luc avec drainage partiel de la lésion kystique.
L’analyse anatomopathologique des prélèvements réalisés est
en faveur d’un kératokyste surinfecté. Une seconde interven-
tion chirurgicale est programmée pour compléter l’énucléation
du kératokyste après 6 semaines de traitement antibiotique. Le
scanner du massif facial réalisé 4 semaines après la première in-
tervention montre un affaissement du kyste, avec régression de
l’exophtalmie et normalisation des contours de la face. La paroi
du kyste se présente comme une image dense rubanée dédou-
blant les parois du sinus maxillaire, soufflées par la lésion
(fig. 2a à 2b).
La deuxième intervention chirurgicale comporte un élargisse-
ment de l’abord initial puis une exérèse en bloc du kératokyste
(fig. 3a). La pièce opératoire se présente macroscopiquement
sous forme d’un kyste bordé d’une muqueuse épaisse et polypoïde,
mesurant 2,8 × 3 × 3 cm (fig. 3b). Elle est complétée par plu-
sieurs fragments polypoïdes hémorragiques mesurant en amas
4 × 2 × 2 cm. L’importante extension du kyste a empêché son
ablation en monobloc. L’histologie confirme le diagnostic de ké-
ratokyste surinfecté en montrant un revêtement malpighien
focalement hyperkératosique et parakératosique avec une in-
flammation aiguë et chronique intense du chorion sous jacent,
sans signe de malignité (fig. 3c).
Discussion
Le kératokyste odontogénique (KO) ou kyste épidermoïde
dérive de la lame dentaire ou de ses vestiges et de l’assise
basale de l’épithélium buccal. Il représente entre 10 et 20 % de
l’ensemble des lésions kystiques des maxillaires. Cette fré-
quence le place en troisième position des kystes odontogéniques
après le kyste radiculaire et le kyste dentigère selon la classifi-
cation de l’OMS (1).
Son pic d’incidence se situe entre la deuxième et la quatrième
décennie (ou plus tôt en cas d’association avec la naevomatose
basocellulaire). Il siège surtout dans la mandibule, et préféren-
tiellement au niveau du ramus où sa fréquence peut atteindre
70 % selon les séries. Le siège maxillaire (plutôt antérieur ou
postérieur selon les séries) arrive en deuxième position. Le KO
touche surtout des patients masculins de type caucasien (rap-
port des sexes 3:2) (2, 3).
La présentation clinique est variable. Les KO sont initialement
asymptomatiques. Ils deviennent symptomatiques en cas de su-
rinfection ou de croissance importante, à l’origine d’une défor-
mation osseuse, d’un déplacement des dents adjacentes, ou d’une
rétention dentaire. Par ailleurs, le KO est caractérisé par son po-
tentiel agressif local avec envahissement des structures voisines,
en particulier osseuses et son fort taux de récidive après traite-
ment (jusqu’à 60 % selon les séries). Le développement d’un
carcinome épidermoïde sur la paroi kystique peut également
s’observer (1).
Dans un certain nombre de cas (jusqu’à la moitié pour cer-
tains auteurs), les KO sont associés au syndrome de Gorlin-
Goltz ou naevomatose basocellulaire. Il s’agit d’une maladie
héréditaire à transmission autosomique dominante, caractérisée
entre autres par des KO et des kystes primordiaux multiples,
un syndrome dysmorphique (bifidité costale, hypertélorisme,
brachymétacarpie), un retard mental, et des naevi multiples
pouvant dégénérer. Dans le cadre de ce syndrome, les KO ap-
paraissent plus tôt dans l’enfance, sont multiples et volontiers
plus volumineux. Par conséquent, certains auteurs préconisent la
réalisation d’une enquête génétique pour rechercher un syn-
drome de Gorlin-Goltz chez les patients atteints d’un KO avant
20 ans (2).
Key words: Odontogenic cyst. Keratocyst. Maxilla. Mots-clés : Kyste odontogénique. Kératokyste. Maxillaire.
(1) Service de Radiologie B, (2) Service de Chirurgie maxillo-faciale, (3) Service d’Anato-
mopathologie, Hôpital civil, 1, place de l’hôpital, 67000 Strasbourg.
Correspondance : T Moser
E-mail : thomas.moser@chru-strasbourg.fr