ARTICLE ORIGINAL / ORIGINAL ARTICLE
Le « travail de la maladie »
Déclinaison du concept dans la souffrance psychologique associée aux transformations
corporelles
The “work of illness”
Application of the concept in terms of psychological suffering associated with bodily
transformations
C. Charles · N. Bendrihen · S. Dauchy · C. Bungener
Reçu le 18 février 2013 ; accepté le 20 juillet 2013
© Springer-Verlag France 2013
Résumé La souffrance psychologique attachée aux transfor-
mations corporelles générées par le cancer et ses traitements
est aujourd’hui reconnue. L ’intensité et la persistance avec
laquelle elle s’exprime parfois, alors que l’atteinte est objec-
tivement jugée « minime », restent en revanche source de
nombreuses interrogations, concernant ce qui explique les
différences de vécu, mais aussi la manière de prendre en
charge cette souffrance. Partant du concept de « travail de
la maladie » (Pedinielli, 1986), nous proposons à partir
d’une situation clinique une grille de lecture théorique qui
puisse aider le clinicien à mettre à jour avec le patient ce qui
se noue autour du changement physique.
Mots clés Cancer · Travail de la maladie · Représentations ·
Image corporelle
Abstract Emotional distress associated with the physical
changes caused by cancer and its treatments is now recogni-
zed. Its intensity and persistency, when the physical damage
seems medically not so important, keep on raising questions
to clinicians about the psychological factors which could
explain emotional differences between individuals and how
to deal with this distress. This article examines a clinical
case, through the theoretical work of Pedinielli (1986), and
aims to offer to clinicians a better understanding of psycho-
logical causes of the emotional distress associated with
physical changes.
Keywords Cancer · Coping with illness · Representations ·
Body image
Introduction
Le cancer et ses traitements engendrent de nombreuses trans-
formations physiques [6,25]. Leurs retentissements sur la
sphère psychosociale ont fait l’objet de plusieurs travaux
[4,8,10], en particulier auprès des patients soignés pour un
cancer du sein [9]. L ’idée généralement retenue de ces études
est que les modifications corporelles associées au cancer et à
ses traitements ont une incidence péjorative sur la qualité de
vie et l’état émotionnel [12,15,16]. Comparées les unes aux
autres et analysées plus en détail, ces recherches montrent
d’une part une grande variabilité interindividuelle dans la
manière dont les individus peuvent réagir et être atteints
par ces altérations physiques [6] et pointent d’autre part le
fréquent décalage qui existe entre la perception des soignants
et celle des patients concernant l’aspect, l’étendue, le degré
de sévérité et les répercussions fonctionnelles comme psy-
chosociales de ces changements [3,18,19]. En somme, il
n’existe pas de correspondance évidente entre l’objectif
(observation médicale) et le subjectif (perception, vécu,
interprétation du patient) [7,14] et « bien plus que la “réalité”
des modifications corporelles (gravité, visibilité), c’est la
C. Charles (*) · N. Bendrihen
Psychologue clinicien(enne), unité de psycho-oncologie,
Gustave-Roussy, 114, rue Édouard-Vaillant,
F-94805 Villejuif cedex, France
e-mail : cecile.charles@gustaveroussy.fr
S. Dauchy
Médecin psychiatre, responsable du département interdisciplinaire
de soins de support aux patients en oncohématologie (DISSPO),
114, rue Édouard-Vaillant F-94805 Villejuif cedex, France
C. Bungener
Professeur d’université, laboratoire de psychopathologie
et processus de santé — EA 4057 — IUPDP,
université Paris-Descartes, Sorbonne Paris Cité,
institut de psychologie, 71, avenue Édouard-Vaillant,
F-92774 Boulogne-Billancourt cedex, France
Psycho-Oncol. (2013) 7:169-174
DOI 10.1007/s11839-013-0430-6