1 Les déterminants culturels des pratiques de veille stratégique Ali SMIDA et Emna BEN ROMDHANE Université Paris 13 R2S-Management, IGS – France Université de La Manouba - Tunisie. Adresse e-mail : alismida@aol.com Introduction Le rôle de la stratégie d’entreprise est, entre autres, de mettre en place des actions pour faire face aux menaces de l’environnement et saisir les opportunités dans une vision de long terme. La position de l’entreprise est d’autant plus confortable que ces menaces et opportunités sont détectées avant que la concurrence ne s’en empare. Mais il ne suffira pas de détecter, il faudra aussi agir. La tâche est de moins en moins aisée dans un contexte où s’imbriquent les effets globalisants de la mondialisation et les spécificités restreintes de la culture nationale. Il faudra donc que l’entreprise, pour assurer sa pérennité, développe un comportement et s’appuie sur des outils permettant de tenir compte des environnements technologiques, économiques, sociaux,… et culturels. La veille stratégique, avec ses dimensions instrumentales et comportementales, sembles être l’un des approches dont disposent ou peuvent disposer les entreprises afin de transformer les menaces de l’environnement en opportunités. Cette veille peut se situer au niveau de la réactivité, assimilable à une attitude passive où l’entreprise s’informe sur la situation présente afin de s’y adapter. Comme elle peut se situer au niveau de la proactivité où l’entreprise anticipe le futur. Dans ce cas on retrouve l’attitude du chasseur et dans l’autre celle de la sentinelle (Smida, Grandval, 1998). La veille stratégique semble être un outil à part entière d’information et de compréhension permanente des réalités des marchés, des techniques des concurrents, de leurs intentions et capacités à les mettre en oeuvre. Elle se définit alors comme un processus informationnel par lequel les entreprises peuvent s’informer de l’état et de l’évolution de leur environnement socio-économique dans le but créatif de découvrir des opportunités et de réduire l’incertitude (Lesca, Schuler ; 1998). Une comparaison internationale des pratiques en matière de veille stratégique permet de comprendre que cette dernière se développe sur des bases historiques et culturelles selon des formes différentes. C’est un concept qui s’appuie et se nourrit de la culture de chaque pays (Hermel, 2001). C’est parce que la veille relève plus d’une culture que d’une méthodologie (Romagni, Wild, 1998) que certains pays comme le Japon ou les Etats-Unis ont des pratiques plus développées et plus efficaces en matière de veille. La transposition des méthodes étrangères (anglo-saxonnes ou japonaises) ne peut se faire sans difficultés car par essence la veille est culturelle (Romagni, Wild, 1998). Les travaux de recherche effectués par Elenkov (1997) et May et al (2000) témoignent de la forte influence du contexte culturel sur les pratiques en matière de veille stratégique. La mise en place d’un dispositif de veille stratégique doit prendre en considération cette dimension culturelle, qui reste insuffisamment explorée, pour garantir son acceptation, son efficacité et sa continuité.