Croyances, perceptions et explications naïves des risques psychosociaux par les chauffeurs de bus Catherine HELLEMANS Université libre de Bruxelles (ULB), Centre de Recherche en Psychologie du Travail et de la Consommation (PsyTC) 50, Avenue Fr. D. Roosevelt (CP 122) B-1050 Bruxelles (Belgique) catherine.hellemans@ulb.ac.be RÉSUMÉ La source principale des risques psychosociaux (RPS) des chauffeurs de bus concerne selon eux les incivilités et violences verbales des usagers, mais également le stress, la violence physique de la part des usagers, les surcharges mentales et émotionnelles ; les chauffeurs distinguent clairement la probabilité de la gravité de ces RPS. Leurs explications naïves de ces RPS ont à voir avec des explications externes liées aux comportements des usageƌs, ŵais tƌğs peu aveĐ des edžpliĐatioŶs iŶteƌŶes. Le seŶtiŵeŶt d’auto-effiĐaĐitĠ Ŷ’iŶflue pas Ŷi suƌ les perceptions des RPS, ni sur les explications naïves relevées. Par contre, les croyances en un monde juste sont déterminantes à la fois sur les RPS et sur les explications naïves. Dans ce cadre, des campagnes de valorisation de la Société de transport, et également du métier de chauffeur, diŵiŶuaŶt le seŶtiŵeŶt d’iŶjustiĐe ƌesseŶti paƌ les chauffeurs, pouƌƌaieŶt s’avĠƌeƌ paLJaŶtes pour la prévention des RPS. MOTS-CLÉS Chauffeurs de bus, risques psychosociaux, croyances en un monde juste, explications naïves, prévention. 1 PROBLEMATIQUE L’aĐtualitĠ fait état d’iŶŶoŵďƌaďles aĐtes d’agƌessioŶ d’usageƌs dans les transports en commun, vis-à-vis d’autƌes usageƌs ou vis-à-vis des conducteurs : vols, vols avec violence, agressions diverses telles que jet de pierre dans les vitres, agressions verbales et physiques gratuites. La recrudescence des délits la plus impressionnante concerne les bus : la police fédérale a dénombré sur Bruxelles quelque 719 faits en 2009 contre 1068 en 2010, soit une augmentation de 48,5 % (La Dernière Heure, 2011). Suite à uŶe sĠƌie d’agƌessioŶs gƌaves et le dĠĐğs d’uŶ supeƌviseuƌ des tƌaŶspoƌts, de Ŷouvelles mesures ont ÉTé mises en place depuis avril 2012. Ainsi, une des zones de Bruxelles a dépêché cinq patrouilles de deux policiers qui effectuent des missions de prévention à bord des bus et trams de la zone. Les travaux portant spécifiquement sur les conditions de travail des chauffeurs de bus ne sont pas rares. Les difficultés mentionnées dans les écrits concernent la présence de hautes exigences, aĐĐoŵpagŶĠes d’uŶ faiďle Ŷiveau de ĐoŶtƌôle et de peu de soutien social (Kompier & Di Martino, 2006), et la probabilité plus élevée de stratégies de coping centrées sur les émotions plutôt que sur le problème (Kühlmann, 1990). On peut catégoriser les risques psychosociaux (RPS) des chauffeurs de bus en quatre grands groupes : (1) RPS liĠs audž ĐoŶditioŶs d’eŵploi (Duffy & McGoldrick, 1990), (2) RPS liés à la conduite d’uŶ tƌaŶspoƌt eŶ ĐoŵŵuŶ souŵis à des hoƌaiƌes pƌĠĐis daŶs uŶe agglomération dense (Kühlmann, 1990), (3) RPS liés aux contacts avec les usagers du transport, dont les comportements peuvent aller dun manque de Đouƌtoisie à l’agƌessioŶ veƌďale ou phLJsiƋue, eŶ passant par la fraude et la dégradation du matériel (Evans, 1994), (4) RPS liés à la situation d’isoleŵeŶt vis-à-vis des collègues et de la hiérarchie (Marc, Grosjean & Marsella, 2011). Ainsi, si les RPS sont a priori élevés, on peut également penser que les paramètres de fréquence et de gravité vont varier considérablement d’uŶe ĐatĠgoƌie à l’autƌe : les agressions physiques de la paƌt d’usageƌ, si elles peuvent être fort graves, seront sans doute considérées comme peu probables à court terme, alors que la conduite dans les embouteillages sera sans doute considérée comme peu grave, mais tout à fait probable. Qu’eŶ est-il donc de la perception, en termes de probabilité et de gravité, des différents RPS auxquels sont soumis les chauffeurs de bus ? Hellemans, C. (2013). Croyances, perceptions et explications naïves des risques psychosociaux par les chauffeurs de bus. In C. Van De Leemput, C. Chauvin, & C. Hellemans (Eds.), Activités humaines, Technologie et Bien-être. Paris: ARPEGE SCIENCE PUBLISHING.