Les fonctions vésicale et sphinctérienne sont contrôlées par des voies neurologiques du système nerveux autonome et du système nerveux somatique entre lesquelles il existe de nombreuses connec- tions et des mécanismes de régulation réciproques. Le système nerveux autonome permet d'assurer le fonctionnement en opposition de phase du système vésico-sphinctérien pour per- mettre la continence (phase de stockage d'urines sous influence sympathique) et la miction (phase de vidange vésicale sous influen- ce parasympathique). Ces deux fonctions s'opposent en termes de mise en action du sys- tème nerveux autonome et somatique, et sont à la fois automatiques dans leur coordination et volontaires sous la commande du système nerveux central pour leur activation chez l'adulte sain. Le fonctionnement vésico-sphinctérien assure par ailleurs la protec- tion rénale, du fait des propriétés biophysiques de la vessie : réservoir capacitif à basse pression constante et acontractile en phase de repos. La sensation de plénitude vésicale et le besoin d'uriner sont des sen- sations viscérales, qui de ce fait sont difficiles à décrire et à quanti- fier. Leur quantification n'est pas corrélée de façon simple et direc- te au degré de remplissage de la vessie. Leur perception consciente est un des éléments fondamentaux du contrôle volontaire de la fonction vésicale. Cet article a pour objet de faire la synthèse des connaissances physiologiques et physiopathologiques actuelles sur les voies affé- rentes neurologiques vésicales et uréthrales. Les voies de la sensibilité uréthro-vésicales ont une importance cli- nique particulière eu égard aux incidences thérapeutiques éventuel- les présentes ou en développement. Pendant de nombreuses années, seule la stimulation des mécanoré- cepteurs détrusoriens, induisant une activation des fibres A-δ était considérée comme voie afférente du réflexe mictionnel chez le sujet normal. La stimulation des mécanorécepteurs par la distension ou par la contraction musculaire était associée à la notion de besoin d'uriner. En cas d'atteinte neurologique, la stimulation de thermoré- cepteurs, en particulier au froid, induisant une activation des fibres C, était considérée comme une voie accessoire supplémentaire affé- rente du réflexe mictionnel. La notion d'activation de terminaisons libres dans la paroi vésicale était associée à la notion de douleurs. Les autres types de sensibilités vésicales (à la température en parti- culier) étaient hypothétiques et controversées. Les données de la littérature permettaient difficilement d'expliquer la progression du besoin d'uriner alors que les pressions vésicales restaient stables et donc les mécanorécepteurs peu stimulés. Récemment le rôle de l'urothélium, des myofibroblastes agissant comme modulateurs des voies périphériques de la sensibilité ont été montrées. LES DIFFERENTS ELEMENTS NEUROLOGIQUES DE LA SENSIBILITE VESICALE Afférences urothéliales et leurs neuromédiateurs et neuroré- cepteurs L'urothélium ou épithélium vésical était considéré jusqu'à récem- ment comme ayant la fonction exclusive d'être une barrière passive assurant “l'étanchéité du réservoir vésical”. Progrès en Urologie (2007), 17, 5-11 Innervation sensitive de la vessie : implications cliniques et thérapeutiques Eva COMPERAT (1), André REITZ (2), Pierre MOZER (2), Gilberte ROBAIN (4), Pierre DENYS (3), Emmanuel CHARTIER-KASTLER (2, 3) (1) Service d'Anatomie et Cytologie Pathologique, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Faculté de médecine Pierre et Marie Curie, Université Paris VI Paris, France, (2) Service d'Urologie, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Faculté de médecine Pierre et Marie Curie, Université Paris VI Paris, France, (3) Consultation de neuro-urologie, Service de MPR, Faculté Paris-Ouest, université Versailles - Saint Quentin en Yvelines, Garches, France, (4) Service de MPR, Hôpital Charles Foix - Jean Rostand, Ivry sur seine, Université Paris VI, Paris, France RESUME Les influx sensoriels provenant de la vessie et du système sphinctérien urinaire jouent un rôle important dans le contrôle de la fonction vésico-sphinctérienne. La sensibilité consciente est indispensable pour sécuriser la phase de stockage et autoriser la miction à un moment fonctionnellement et socialement acceptable. Une sensibilité adéquate du bas appareil urinaire implique que l'axe urothélium - système nerveux périphérique - moelle épi- nière - tronc cérébral - mésencéphale et cortex sensoriel soit intact. Cette revue fait une synthèse des connaissances anatomiques, physiologiques et physiopathologiques actuelles sur les voies nerveuses afférentes (ou dites “de la sensibilité”) de la vessie et de l'urèthre, en se penchant notam- ment sur leur signification physiologique et thérapeutique. Mots clés : vessie, sphincter urèthral, urothélium, voies nerveuses afférentes, trouble mictionnel, incontinence, vessie neurologique. 5 Manuscrit reçu : mars 2006, accepté : novembre 2006 Adresse pour correspondance : Pr. Emmanuel Chartier-Kastler, Service d'Urologie, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 83 boulevard de l'hôpital, 75013 Paris e-mail : emmanuel.chartier-kastler@psl.aphp.fr Ref : COMPERAT E., REITZA., MOZER P., ROBAIN G., DENYS P., CHARTIER-KASTLER E. Prog. Urol., 2007, 17, 5-11