Robert Sweeny, de l'Université Mémorial, nous a fait parvenir en septembre dernier un long compte rendu de l'ouvrage de Serge Courville, Jean-Claude Robert et Normand Séguin, Atlas historique du Québec. Le pays laurentien au XIX e siècle: les morphologies de base (Québec, Presses de l'Université Laval, 1995, 171 p., ISBN 2-7637-7376-1). Nous publions ici ce texte accompagné de la réplique des auteurs du livre en question et d'un commentaire final de Robert Sweeny (NDLR). RECENSER LA MODERNITÉ Robert C. H. Sweeny Département d'histoire Mémorial University of Newfoundland Après près de dix ans de recherche, Léquipe de Serge Courville, Jean-Claude Robert et Normand Séguin a produit une synthèse magistrale. Pour la collection Atlas historique du Québec, c'est un départ impressionnant. Les morphologies de base de la vallée du Saint-Laurent au XIX e siècle sont un sujet à la fois important et complexe que les auteurs ont choisi d'aborder par le biais des recensements de 1831, 1851 et 1871. La démographie, les moyens de transport, l'agriculture, l'industrie et l'échange sont les cinq thèmes privilégiés et chacun est examiné à l'aide d'un essai interprétatif et d'un encart cartographique. Bien écrit, joliment illustré et soigneusement présenté, c'est un beau livre. Malgré ses belles apparences, il s'agit moins d'un livre de référence que d'un livre de réflexion et de débat. D'ailleurs, l'introduction nous en prévient: Raoul Blanchard fut trop particulariste, alors que Fernand Ouellet s'inscrit dans une lignée culturaliste qui remonte à Lord Durham. Au-delà des régions et derrière les mentalités, l'ensemble possède une cohérence socioéconomique qui s'inscrit dans le temps et dans l'espace. Ainsi, Courville, Robert et Séguin ont une position historiographique à mettre de l'avant et chaque chapitre contribue à sa mise en place progressive. Bien qu'interne, la spécificité démographique dévoilée n'est pas l'encombrement rural et encore moins la revanche du berceau. C'est plutôt une combinaison de forces qualifiées de «centrifuges» et de «centripèdes». En 1871, la taille moyenne d'une maisonnée assez modeste, autour de 5,5 personnes, est le résultat de deux voies migratoires: vers les terres de colonisation ou vers les centres urbains, d'abord les villages et ensuite les villes. Ces migrations nécessitent des moyens de transport en premier lieu routiers, ensuite fluviaux et finalement ferroviaires. Vue sous l'angle des bases matérielles de l'échange, cette infrastructure sert à démontrer la cohérence interne grandissante de l'axe laurentien, une cohérence qui fut renforcée par les lentes transformations de l'agriculture. Les défrichements progressifs permettent des récoltes plus abondantes et des pâturages nouveaux sur les terres désormais Cahiers de Géographie du Québec • Volume 41, n° 114, décembre 1997 • Pages 423-429