AJ Pénal AJ Pénal Novembre 2014 Novembre 2014 Prévention de la récidive 522 Pratiques et professions peines sera d’être en possession de la liste des personnes éligibles à cette mesure de libération sous contrainte au moins un mois avant chaque commission, et ce afin de préparer en amont les dossiers. Cette organisation sera sans aucun doute très lourde à mettre en place. La mesure de libération sous contrainte telle qu’elle est envisagée par le législateur va probablement générer de nombreux incidents car il est prévu que la mesure soit prononcée uniquement sur dos- sier sans débat contradictoire (donc sans entendre la personne à ce sujet). Pourtant, les personnes concernées seront celles qui ne se seront pas mobilisé dans le cadre d’un projet d esortie en vue d’un aménagement de peine, il y a donc de fortes probabilités pour que ce soit des personnes qui nécessitent le plus d’encadrement. Si les per- sonnes concernées ne respectent pas leurs obligations, la suspen- sion de leur LSC sera, en revanche, débattue en débat contradictoire, le cas échéant, dans un délai maximum de quinze jours en cas de suspension de la LSC.Ceci va générer un important surcroît de travail au sein du service de l’application des peines, mais également pour tous les acteurs intervenants dans ce cadre. Enfin, cette mesure dont l’étude des situations revêt un caractère d’automaticité risque de décourager les condamnés qui s’inves- tissent et font des efforts pour préparer un projet de sortie construit dans le cadre de la procédure d’aménagement de peine. Comme nous avons un important quartier de semi-liberté à la maison d’ar- rêt de Reims (plus de 40 places), nous allons très certainement favorisé les mesures de LSC sous la forme d’une semi-liberté, ce qui permetra de main- tenir un cadre strict de contrôle des personnes qui y sont soumises. AJP : La loi insère dans le code de procédure pénale des dispositions permettant le recours à une mesure de justice restaurative, pensez-vous que la mesure pourra être proposée à Reims ? B. R. : C’est une mesure intéressante qui a déjà été expérimentée à Poissy. Je vois pourtant une difficul- té pour l’instant pour que la mesure soit proposée à Reims. La mise en œuvre d’un processus de justice restaurative nécessite une solide formation des in- tervenants qui pilotent ce type de mesure, or, à ma connaissance, nous n’avons pas à Reims de personne susceptible de présenter une formation adéquate. En outre, il faut bien sélectionner les justiciables qui vont participer à ce type de mesure, cela nécessite du temps ; puis la mesure en elle-même se fait en plu- sieurs étapes ce qui m’amène à penser que les per- sonnes condamnées à de longues peines sont plus concernées par une telle démarche. En France comme ailleurs, la prévention de la récidive relative à la violence, et à la violence sexuelle en particulier, constitue un enjeu majeur. Au-delà des réformes juridiques susceptibles de prévenir la récidive, il existe des modèles de prévention de celle-ci. Le modèle dominant au Canada, comme dans d’autres pays anglo-saxons, est le modèle dit « R-B-R » (Risque-Besoins-Réceptivité) développé à partir de 1990 par Andrews et Bonta. En matière de prévention de la récidive violente, mais également sexuelle, le modèle R-B-R a permis le développement d’interventions ayant démontré la plus grande efficacité  1 [2,3]. En France, les programmes de prévention de la récidive (ci-après, PPR), d’inspiration cognitivo-comportementale, menés par les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (ci-après, CPIP), sont l’outil d’intervention choisi pour travailler sur le passage à l’acte et la condition de sa non-réitéra- tion. La mise en perspective des PPR à la lumière du modèle R-B-R semble aujourd’hui pertinente et né- cessaire afin de tirer des enseignements sur la pos- sibilité d’évaluer l’efficacité de notre système de prise en charge en matière de prévention de la récidive et de l’améliorer. Le PPR destiné aux auteurs d’agression sexuelle servira ici d’exemple à cette analyse. À l’heure où la prévention de la récidive est le maître mot de la politique pénale, la France est-elle dotée des outils nécessaires pour cette prévention ? Comment le nouveau modèle R-B-R, importé du Canada, qui semble s’imposer avec la loi du 15 août 2014 va-t-il s’articuler avec les programmes de prévention de la récidive qui sont appliqués par les services pénitentiaires d’insertion et de pro- bation depuis plusieurs années ? Ce modèle ne va-t-il pas impliquer de revoir le rôle des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation ? par Olivier Vanderstukken Vanderstukken Psychologue clinicien du service médicopsychologique régional de Lille-Annœullin et Massil Benbouriche Benbouriche Psychologue clinicien, chargé d’enseignement à l’Écolé de criminologie de l’université de Montréal PRINCIPES DE PRÉVENTION DE LA RÉCIDIVE ET PRINCIPE DE RÉALITÉ EN FRANCE : LES PROGRAMMES DE PRÉVENTION DE LA RÉCIDIVE À LA LUMIÈRE DU MODÈLE « RISQUE-BESOINS-RÉCEPTIVITÉ » (1) L’italique vient souligner qu’il n’existe pas d’intervention « efficace » en soi. L’efficacité doit être comprise comme une notion relative, toujours dépendante d’un objectif initial.